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Fafnir

     
   

Salutation, ô maître des airs

    Je vous rappelle à notre époque, ô seigneur majestueux!

Il y a déjà fort longtemps que vous avez quitté la forêt qui a jadis servi de repaire à votre solitude. Je n'étais qu'une jeune dryade lors de votre arrivée.

Vous avez permis de protéger un peu plus longtemps des ravages de l'homme, ma modeste demeure.

Je suis aujourd'hui bien assez forte pour la protéger seule. J'ai cependant une question à vous poser, Fafnir le Lumineux, une question qui me trotte dans l'esprit depuis plus de mille ans: pourquoi cette retraite? Pourquoi avoir choisi de vous cacher? Il me semble avoir ressenti à l'époque, au creux de votre âme tourmentée, la douleur d'un amour perdu...?

Votre silence douloureux est resté gravé dans la pierre... Flüwin brille toujours, la forêt reste pure... En espérant que votre silence se lèvera enfin... vous êtes à jamais le bienvenu dans votre ancien refuge... Que la magie de Flüwin et de son eau brille à jamais dans votre âme, ô ami Fafnir, dieu maître élémentaire.

Flüwëe, Perle de Lune de la forêt des Flüwin



Après le commencement de ma nouvelle vie en tant que dragon, tu es l'une des premières personnes à m'avoir adressé la parole sans crainte, et recevoir enfin de tes nouvelles me transporte de joie... En effet, il m'arrivait souvent de partir, et encore aujourd'hui, à la découverte de ce monde et d'autres, laissant mon trésor aux bons soins des êtres de la forêt et sous le scellé de puissants sorts.

Quand je suis arrivé dans ta forêt, au cours de l'une de mes excursions, elle se trouvait menacée par l'homme qui y pénétrait sans crainte pour couper les arbres millénaires et tuer les fils de cette forêt. Voyant cela, je m'y suis installé quelque temps, en fait le temps pour que ces misérables humains apprennent à craindre la forêt, à la respecter, et à rester à leur place.

Lors de mon arrivée, tous les êtres de cette forêt, qui allaient devenir, plus tard, des amis, ont fui sauf une toute jeune dryade restée plus par inexpérience et curiosité, que par défi. A partir de ce jour, nous ne nous sommes plus quittés qu'au moment de mon départ. Je réponds ainsi à tes premières interrogations, ma jeune Flüwëe, quand je suis parti ce n'était pas une retraite, pas plus que je ne suis parti me cacher, mais seulement je suis demeuré longtemps dans vos bois et les hommes n'y pénétraient plus, et même après mon départ je savais que les légendes feraient leur office et que les humains ne se risqueraient pas à revenir avant que 8 générations ne soient bien passées. Mais ce très long «séjour» (plusieurs siècles, si ma mémoire ne me fait défaut) avait marqué mon absence dans les autres lieux que je protégeais et surtout dans ma forêt d'origine. Je suis donc parti contraint et forcé, pour rappeler au monde des mortels mon existence.

Et en effet tu as vu juste, il arrive qu'un mal intérieur me ronge, il est rare et passe souvent inaperçu, mais la perspicacité des dryades n'est plus à démontrer, ce mal est le souvenir récurrent et enfoui en moi de ma vie d'antan, alors que mon père, mes frères et moi-même vivions heureux, suivie de la disparition brutale de ce bonheur... Et même si cela est l'histoire de Fafnir l'humain, Fafnir le dragon, moi, en garde les cicatrices et souffre parfois du vide que comblait jadis ce bonheur... J'essaye d'oublier mais pour cela aucune magie ne peut, hélas, m'aider...

Ton message m'a fait beaucoup de bien et je meurs d'envie de te revoir, le temps de préparer mon départ et mes ailes me porteront jusqu'à toi ma petite Flüwëe, petite Perle de Lune de la forêt des Flüwin.

Très affectueusement,

Fafnir, dragon des Landes (qui languit de votre prochaine rencontre)