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Fafnir

     
   

Affrontement

    Un cavalier en harnois gris, bouclier et lance en main, arrive vers ton repaire. Tirant une corne de sa ceinture, il commence à souffler dedans, émettant un son grave et continu, cherchant à attirer ton attention.

«Montre-toi Fafnir! Moi, Éméolan, Paladin du Coeur, je viens te défier au combat comme il me fut ordonné! Pour tout le mal que tu sèmes autour de toi, la peur que tu engendres, ta vie dans ce monde va s'achever aujourd'hui! Allez, montre-toi!»

Le cavalier, faisant tourner sa monture en cercle, leva sa lance en signe de défi.
 

Fafnir, le grand dragon, dérangé par un bruit incessant s'éveille en baillant, laissant paraître une gueule béante. D'un pas lourd il se dirige vers l'entrée de sa demeure.

«Certainement encore un de ces apprentis héros en mal d'honneur... Cela m'ennuie, je n'ai pas très faim et l'humain se conserve mal... bah, un peu de gourmandise ne me fera guère de mal, si cet inconscient se fait trop insistant», se dit-il dans un nouveau bâillement.

S'éclaircissant au sortir de la grotte, les yeux dragoniens de Fafnir, bien qu'un peu éblouis, s'habituent avec une fascinante rapidité à la lumière du petit jour. Un malheureux sur son cheval s'entête à souffler dans un cor, depuis un moment déjà à en juger par la teinte cramoisie qu'arbore son visage. Fafnir se sent pris de pitié pour ce pauvre fol d'homme... Un paladin, à en juger par son accoutrement, un de ces fanatiques religieux persuadés d'être le dernier rempart entre le Mal et la veuve avec son orphelin... Mais pour un dragon, être réveillé de bonne heure par un importun quelconque, («Comment a-t-il dit qu'il s'appelait déjà?»), surtout après avoir philosophé jusque tard dans la nuit avec le Hanfard, le grand-duc du bois voisin... («Cet oiseau dort encore, LUI!»), est très horripilant.

Fafnir est maintenant hors de son habitat, et se dresse sur ses pattes arrière, afin d'adopter une position plus adéquate pour user de la magie (avec les mains libres), et l'humain qui était déjà petit, devient insignifiant. Fafnir sent la magie affluer en lui, dans ses veines, son coeur, ses écailles, elle est lui, il est elle, il frémit et déjà la colère d'avoir été réveillé si bruyamment, fait crépiter les éclairs entre ses ailes. Tandis qu’il s'avance, une sphère de feu incandescente jaillit au creux de sa paume. Le cuir impénétrable, reflétant les éclats des rayons du soleil, qui recouvre le dragon se resserre et se renforce en puisant dans la puissante magie.

Ne jamais sous-estimer un adversaire. Le colosse s'arrête et tonne:

- «Qui es-tu pour venir me provoquer, moi que le dernier à avoir défié est le grand dieu des ténèbres, Loki? Crois-tu égaler sa puissance ou la vie t'est-elle si insupportable que tu souhaites l'écourter? Eh bien, réponds!»
 


«Par tous les Saints!», s'exclama à voix basse le Paladin, levant les yeux vers l'immense créature. Serrant son bouclier contre lui et toujours sa lance dans l'autre main, il entreprit de descendre de cheval avec son armure complète. Il maudit intérieurement son écuyer qui avait refusé de l'accompagner, craignant trop pour sa vie, le chevalier tentait donc de passer sa jambe gauche au-dessus du cheval, celui-ci restant de marbre, sûrement pétrifié par le dragon. Une longue minute plus tard, le cavalier était à terre, se tenant bien droit, il fixa un moment le regard de Fafnir. Il posa sa lance sur le sol, et vint tirer l'épée de son fourreau, accroché au cheval, sentant que le dragon devait s'énerver de le voir faire. Le Paladin s'avança de quelques pas en direction du dragon, et posa un genoux à terre, tendant le bras porteur de l'épée en avant, la lame plantée dans le sol, la tête levée vers Fafnir. Aucune peur ne semblait naître dans ces paroles. «Dragon! Puissant Fafnir, je suis Éméolan, Paladin du Coeur de l'Église d'Odin, envoyé ici pour mettre fin à tes jours. Tu as été jugé comme une créature maléfique, et dangereuse pour le monde et sa population. La sentence est tombée, tu devras t'y plier ou je jure sur mon honneur, de tout tenter pour t'y convaincre. Tu dois donc quitter ces terres avant la tombée de la nuit, partir pour ne plus jamais revenir, condamné à l'éxil pour le restant de tes jours! Ou bien, je devrai te provoquer en duel, même si je n'ai pas la puissance, ni les pouvoirs d'un dieu, je possède deux choses capables de te repousser: le bouclier d'Amanne, réputé pour résister à de très grandes chaleurs et Céleste, bénie par les Prêtres d'Odin, divine arme qui te conduira à ta perte.»

Le Paladin inclina la tête, en signe de respect et d'attente de la réponse du dragon.


Des frissons parcoururent l'échine du dragon... Enfin un humain qui en vaut la peine... Cela fait si longtemps, le dernier n'était qu'un imbécile en mal de gloire, mais celui-ci est différent, il se bat pour ce qu'il croit être justice, avec son coeur... La perspective de ce combat où s'affronteront des passions, éveilla en Fafnir une sensation depuis longtemps oubliée... L'excitation. Cependant le dragon n'avait pas été sourd aux propos du paladin. Des humains qui se permettent de juger et de condamner un dragon, je me suis montré beaucoup trop clément en évitant d'être cruel, ces êtres ont oublié où est leur place... Temps est venu de leur rappeler.

D'un revers de main le dragon fit disparaître le globe flamboyant qui s'y tenait. Le flux de magie qui parcourait Fafnir se fit plus intense, les pupilles de ses yeux opalescents se rétractèrent, tout était calme, ne demeurait que le bruit des crépitements d'éclairs qui apparaissaient entre ses ailes, une douce brise effleura la cime des arbres ainsi que sa cuirasse. Même si cet humain lui prometait un combat intéressant, ceux qui avaient suscité sa colère ne se tenaient pas là, devant lui... Quoi qu'il arrive il demanderait à Odin la tête des prêtres qui avaient osé le juger... Déjà Fafnir remarqua quelques dryades, elfs, lutins et autres habitants de sa forêt cachés pour assister à la rencontre, soudain sa voie grondante, résonna à travers la lande: «Éméolan, Paladin du Coeur de l'Église d'Odin, tu prétends être juste et pourtant tu appliques une sentance prononcée, par des couards qui se sont bien gardés de venir à un procès auquel je n'ai pu défendre mes intérêts... Je n'ai représenté un danger que pour les pauvres inconscients qui, comme toi, se sont présentés à moi avec la ferme intention de me tuer ou de me voler... Et si malgré l'injustice flagrante qui guide tes actes tu désires encore te battre, prépare-toi car je suis Fafnir fils de Hreidmar le magicien, j'ai conquis et habité ces landes bien avant la naissance de tes plus anciens aïeux et j'entends y demeurer bien des générations après ton bref passage sur ce monde.»

Le regard de Fafnir se posa successivement sur les armes du paladin, il banda ses muscles, qui jouèrent sous son épaisse cuirasse et s'ouvrit encore à la magie qui maintenant brûlait en se déversant en lui. S'apprêtant à prendre son envol il battit de ses ailes, ses dernières soulevèrent la poussière du sol par puissantes rafales, et donnant une impulsion pesante, laissant deux empreintes bien distinctes dans la terre, Fafnir prit son envol au-dessus de la clairière où il se tenait un instant plus tôt. Dévisageant le paladin qui semblait faire abstraction de sa peur, Fafnir gronda: «Eméolan, décide de ton avenir, combattre pour une cause qui ne relève pas de la justice, qui n'est donc pas la tienne si tu te dis être un paladin ou bien combattre pour ta survie, pour te sentir vivant... Ton choix déterminera l'issue du combat aussi bien pour toi que pour moi...»

«Temps est venu de faire ton choix paladin! Choisis!» rugit Fafnir.