De la lâcheté?
       
       
         
         

a_marie_claude@hotmail.com

      Bonjour à vous,

Je vous respecte totalement en tant que grande femme, mais une question me chicote, malgré les quelque 450 ans qui nous séparent. Comment faites-vous pour ne pas prendre conscience de la condition de la basse société? Pendant qu'elle meurt de faim et n'a pas de domicile fixe, vous habitez les plus grands châteaux du monde, qui sont encore aujourd'hui des monuments en soi, et vous vivez très aisément. Vous ne tenez pas compte de ceux qui sont en bas de l'échelle de la société? C'est un signe de lâcheté face à ses problèmes. J'aimerais que vous m'expliquiez ce phénomène. Ne suis-je peut-être pas assez au courant de ces problèmes.

Merci de votre attention, bien à vous,

Marie-Claude

 

       
         

Elizabeth 1ère

      Mlle,

Je sais que pour vous il peut être difficile de concevoir une réalité comme celle dans la quelle je vis. Il est vrai que bon nombre de mes sujets vivent de façon précaire. Je sais que le peuple aurait besoin d'être mieux nourri et que l'éducation chez nous est chose réservée à une élite. Chez vous vous avez fait bien des progrès en ce sens. Je vous en félicite, mais je dois cependant vous faire remarquer que malgré des efforts d'éducation, il n'y pas chez vous autant de fierté à être né d'une nation, que le sont mes braves sujets. J'ai peut-être négligé certaines choses, mais l'important pour une grande nation comme la nôtre, c'est simplement: la guerre ou pas la guerre.

Les gens habitent dans de petites maisons, mal chauffées et sales, ils sont plusieurs à y résider, en moyenne 6 à 8 personnes. Moi, j'habite un palais magnifique, très grand, mais j'y loge à mes frais, plus de deux mille personnes. Serviteurs, dignitaires, et toute la cour.

Je dois, à mes frais, entretenir ces gens et je dois également assurer la sécurité de mon peuple. Ces gens qui sont mal nourris et malades et non instruits, ils n'ont que quelques personnes à s'occuper, moi c'est de toute une nation dont j'ai la charge. Mes palais sont aussi mal chauffés que les chaumières et les planchers de mes palais sont couverts de litière comme les humbles demeures. La maladie sévit autant en campagne qu'à Londres, autant dans les demeures les plus pauvres que dans mes palais.

Je suis celle qui décide de l'avenir de tout un peuple, de toute une nation, c'est vrai, mais je suis fille de roi. Je me suis instruite de manière à être à la hauteur des espérances de tout un peuple. J'ai chassé les profiteurs, j'ai vaincu la grande armada, j'ai évité des massacres inutiles contre les protestants, j'ai aidé à la paix entre catholiques et protestants. J'ai sauvé l'Angleterre de cette catin de Mary Stuart. J'ai soutenu plusieurs artistes: Marlow, Jonhson, Shakespeare que vous ne connaissez probablement pas à votre époque.

J'ai donné aux Anglais de quoi être fiers et une raison de se battre pour leur patrie. Pouvez-vous en dire autant de vos gouvernements d'aujourd'hui? Y a-t-il beaucoup de causes, aujourd'hui, pour lesquelles vous seriez prête à verser votre sang?

Vous savez Mlle, la seule et unique raison pour laquelle nous naissons, nous souverains d'État, ce n'est pas pour soulager les malheurs du peuple, parce que de toute façon des pauvres, il y en a toujours eu et il y en aura toujours. C'est pour unir la patrie, pour sauver l'histoire, la mémoire et pour élargir les idéaux pour que les générations futures puissent jouir de ce que nous avons acquis pour elles.

Élizabeth 1ère, reine incontesté d'Agleterre, d'Irlande, de France, et des colonies, protecteur de la foi par la grâce de Dieu et de feu le grand et bon Roy Henry le huitième.