Voici un argument qui vous oblige à croire en Dieu
       

       
         
         

gaetan69100@wanadoo.fr

      Je sais que vous n'êtes pas certain de l'existence de dieu mais il y eut au 17ème siècle un philosophe nommé Blaise Pascal qui a essayé de démontrer l'existence de dieu de façon logique. Certes il n'y est pas parvenu (et heureusement d'ailleurs) mais il a trouvé un argument imparable pour convaincre les libertins de devenir catholiques, c'est «l'argument du pari»: je ne sais pas si vous en avez déjà eu connaissance je vous fait donc lire ce dialogue entre Pascal et un libertin:

Pascal:
—Examinons donc ce point, et disons:
«Dieu est, ou il n'est pas». Mais de quel côté pencherons-nous? La raison n'y peut rien déterminer: il y a un chaos infini qui nous sépare. Il se joue un jeu, à l'extrémité de cette distance infinie, où il arrivera croix ou pile. Que gagerez-vous? Par raison, vous ne pouvez faire ni l'un ni l'autre; par raison, vous ne pouvez défaire nul des deux.
Ne blâmez donc pas de fausseté ceux qui ont pris un choix; car vous n'en savez rien. 

Le libertin:
—Non; mais je les blâmerai d'avoir fait, non ce choix, mais un choix; car, encore que celui qui prend croix et l'autre soient en pareille faute, ils sont tous deux en faute: le juste est de ne point parier.

Pascal:
—Oui, mais il faut parier; cela n'est pas volontaire, vous êtes embarqué. Lequel prendrez-vous donc? Voyons. Puisqu'il faut choisir, voyons ce qui vous intéresse le moins. Vous avez deux choses à perdre: le vrai et le bien, et deux choses à engager: votre raison et votre volonté, votre connaissance et votre béatitude; et votre nature a deux choses à fuir: l'erreur et la misère. Votre raison n'est pas plus blessée, en choisissant l'un que l'autre, puisqu'il faut nécessairement choisir. Voilà un point vidé. Mais votre béatitude? Pesons le gain et la perte, en prenant croix que Dieu est. Estimons ces deux cas: si vous gagnez, vous gagnez tout; si vous perdez, vous ne perdez rien. Gagez donc qu'il est, sans hésiter.

Le libertin:
—Cela est admirable. Oui, il faut gager; mais je gage peut-être trop.

Pascal:
—Voyons. Puisqu'il y a pareil hasard de gain et de perte, si vous n'aviez qu'à gagner deux vies pour une, vous pourriez encore gager; mais s'il y en avait trois à gagner, il faudrait jouer (puisque vous êtes dans la nécessité de jouer), et vous seriez imprudent, lorsque vous êtes forcé à jouer, de ne pas hasarder votre vie pour en gagner trois à un jeu où il y a pareil hasard de perte et de gain. Mais il y a une éternité de vie de bonheur. Et cela étant, quand il y aurait une infinité de hasards dont un seul serait pour vous, vous auriez encore raison de gager un pour avoir deux, et vous agiriez de mauvais sens, étant obligé à jouer, de refuser de jouer une vie contre trois à un jeu où d'une infinité de hasards il y en a un pour vous, s'il y avait une infinité de vie infiniment heureuse à gagner. Mais il y a ici une infinité de vie infiniment heureuse à gagner, un hasard de gain contre un nombre fini de hasards de perte, et ce que vous jouez est fini. Cela ôte tout parti: partout où est l'infini, et où il n'y a pas infinité de hasards de perte contre celui de gain, il n'y a point à balancer, il faut tout donner.

Désolé si c'est un peu long mais cela devrait vous plaire étant donné que cela repose sur un raisonnement purement mathématique.

Sur ce, mon cher Albert je vous laisse réfléchir et peut être reverrez-vous votre position sur le sujet.

 

       
         

Albert Einstein

      Mon pauvre ami, 

je ne ferai hélas pas une réponse aussi longue que votre message. Bien entendu que je connais Pascal, que je définis cependant plus comme un scientifique que comme un philosophe, mais enfin, la question n'est pas là. Je connais aussi cette démonstration. D'une part, il faut admettre que Pascal est un fin renard, et qu'il est très hasardeux de s'aventurer avec lui sur le chemin de la logique pure. Je suis à peu près certain qu'il pourrait démontrer logiquement et de manière imparable que des extra-terrestres vivent sur la face cachée de la Lune :) 

De plus, Pascal adorait ces genres de joutes. Moi-même, je pourrais vous faire la démonstration mathématique que 1 + 1 = 3.

D'autre part, vous dites que je ne suis pas certain de l'existence de Dieu. Je vous dirai la même chose que j'ai dite récemment à un correspondant:

«Définissez-moi d'abord ce que vous entendez par Dieu et je vous dirai si j'y crois.»

Trêve de plaisanterie, je ne crois pas au Dieu des catholiques ou au Dieu des Juifs, c'est à dire à un Dieu qui a le temps de se préoccuper des humains de la Terre. Je crois en la présence de Dieu dans l'infini simplicité de la grande équation qui décrit l'univers, mais que nous n'avons pas encore découverte.

Si vous désirez plus d'informations sur ma notion de Dieu, je vous invite à lire les titres suivants dans ma correspondance:

Physique et métaphysique
Cessez de dire à Dieu quoi faire
L'Islam
Que pensez-vous de Dieu ?
Dieu en équations ?


Bien à vous,

Albert Einstein


 



 

gaetan69100@wanadoo.fr


 
Mon cher Albert

Je m'étonne beaucoup de votre réponse, pensez-vous réellement que Pascal est extrêmement malin?

Et il n'a pas prouvé que dieu existait, il a seulement prouvé que nous avions tout intérêt à y croire avec... une multiplication qui est: 

chance de gagner*gain/mise 

Ce qui donne pour ce petit jeu-là :

1/2 * infini/ 1 = 0.5 * infini = infini

«Je suis à peu près certain qu'il pourrait démontrer logiquement et de manière imparable que des extra-terrestres vivent sur la face cachée de la Lune» (hors-sujet, désolé mon cher).

Moi-même, je pourrais vous faire la démonstration mathématique que 1+1= 3 (j'attends de voir et je pense que si vous en aviez été capable vous vous en seriez sans doute donné à coeur joie dans votre livre Conceptions scientifiques ou comment je vois le monde (que je viens d'acheter ;-))

«Définissez-moi d'abord ce que vous entendez par Dieu et je vous dirai si j'y crois». Bah, étant donné que Pascal était un catholique cette équation fonctionne dans le cas de cette religion et de toutes celles qui promettent un paradis après la mort. Mais alors quand on y pense cela nous oblige aussi à croire les politiciens qui promettent des merveilles... De toutes façons je ne crois en aucun Dieu ou politicien, même l'argument du pari de Pascal ne me fera pas changer d'avis je ne suis pas un agnostique ce qui je crois est votre cas...

Désolé pour votre manque d'inspiration dans vos réponses (
«je ne ferai hélas pas une réponse aussi longue que votre message»).

Gaëtan Masquelier


 



 

Albert Einstein


 
Cher Gaëtan,

Votre nouveau message comporte plusieurs points qui m'interpellent.

Tout d'abord je ne sais pas trop comment réagir. Je me demande si vous vous moquez de moi ou si vous voulez seulement faire des jeux d'esprit. Je m'explique; vous m'envoyez un message relatant une histoire entre Pascal et un libertin. Vous dites, et je cite: «voici un argument qui vous oblige a croire en dieu». Jusqu'ici aucun problème. Chacun a droit à ses croyances, quelles qu'elles soient. Mais là où je me sens abusé, c'est que vous concluez vous-même en disant «De toutes façons je ne crois en aucun Dieu... même l'argument du pari de Pascal ne me fera pas changer d'avis». Alors comprenez mon scepticisme vis-à-vis vos propos.

Ensuite, lorsque vous mettez en doute l'intelligence de Pascal. En 1926, la psychologue Catherine Morris Cox a publié une étude sur les hommes et femmes, ayant vécu entre 1450 et 1850, réputés être les plus intelligents. Leur QI a été estimé d’après les écrits et travaux qu’ils ont laissés. Philosophes, mathématiciens, écrivains, musiciens, ce sont souvent des personnalités qui excellaient dans plusieurs domaines. Le poète allemand Goethe surclasse tout le monde avec un QI de 210, suivi de près par Blaise Pascal (195), Galilée (185), Descartes et Nietzsche (180), Mozart (165) et moi-même avec «seulement» 160. 

Alors, d'après cette étude, Pascal serait le deuxième plus grand génie depuis 1450 (quoique je me demande sérieusement si elle a oublié Newton); aussi lorsque vous estimez qu'il n'est pas si malin... d'autant plus qu'il se classe bien devant moi. Ça laisse supposer ce que vous pouvez penser de moi.

Quand à votre calcul... 0.5 * infini = infini, il faut faire très attention lorsqu'on joue avec les infinis. Les infinis ne sont pas tous de la même grosseur, donc difficiles à comparer. Comparer des ensembles infinis n'est pas évident. Par exemple, si je demande s'il y a plus d'éléments dans l'ensemble infini des nombres réels (R), que dans l'ensemble infini des nombres entiers (N). Il existe une astuce pour comparer des ensembles infinis sans avoir besoin de compter tous leurs éléments. Cela permet donc de comparer même des ensembles infinis que l'on ne peut pas compter. L'astuce consiste à apparier terme à terme deux ensembles, c'est-à-dire à associer tout élément de l'un à un élément de l'autre, et l'on regarde s'il reste quelque chose dans l'un quand l'autre est épuisé. Bien entendu, pour les ensembles infinis, on ne fait pas réellement l'appariement pour tous les éléments: on trouve une méthode de principe, et l'on se demande si, en appliquant cette méthode jusqu'à l'arrivée de l'un à l'infini, il resterait alors quelque chose dans l'autre. Appliquée à mon exemple, chacun des éléments de l'ensemble N peut être apparié à un élément de l'ensemble R. Mais du côté de R, il restera encore une infinité de nombres non appariés à N, comme par exemple 2,3 ou 5,6665. Ainsi, les irrationnels sont donc plus nombreux que le nombre infini des nombres entiers. De la même manière, on peut dire que l'ensemble infini N est deux fois plus grand que l'ensemble infini Z, des entiers négatifs; chacun des Z ayant son correspondant dans N lorsqu'on tente une bijection entre les deux ensembles, mais seulement la moitié des N se retrouvant dans Z.

Finalement, je ne faisais que donner des exemples quand je parlais d'extra-terrestres sur la Lune, ou que 1+1=3. Je voulais dire qu'il est possible de démontrer à peu près n'importe quoi en partant sur des prémisses erronées ou paradoxales.

Ainsi, vous pouvez démontrer très facilement que 0 = 1/2 de la façon suivante. 

Prenons le nombre A = 1 - 1 + 1 - 1 + 1 - 1 + 1 - 1.....

Quelle est la valeur de A ?

D'une part, nous pouvons démontrer que A = (1 - 1) + (1 - 1) + (1 - 1) + (1 - 1) ..... = 0

D'autre part, A = 1 - (1 - 1 + 1 - 1 + 1 - 1 + 1 - 1.....) = 1 - A, et donc 2A = 1, ce qui nous donne A = 1/2.

Ainsi, nous avons bien «démontré» que 0 = 1/2.

Pour terminer, cherchez l'erreur. Nous allons démontrer que si a > b, alors a = b

Posons a = b + c, avec c > 0

Multiplions les deux termes de l'égalité par a - b

a2 - ab = ab + ac - b2 - bc

a2 - ab - ac = ab - b2 - bc

a (a - b - c) = b (a - b -c )

En divisant par (a - b - c) nous obtenons,

a = b

Hummmmm!

Albert Einstein