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Bonjour,
Peux tu me dire,
Combien de temps tu es resté?
Ou tu vivais, tu habitais?
Comment tes journées étaient organisées?
Qui as-tu rencontré?
Cordialement
Jean-Paul
Cher Jean-Paul,
Ah, Paris en 1922 !
Ma visite à Paris a duré du 28 mars au 6 avril. Mais quelle visite! Et
quels paradoxes! Alors que je venais donner des conférences sur la
relativité, j'ai été reçu assez froidement par les scientifiques mais
comme un héros par le peuple : il semble que déjà je suscitais la
sympathie. Ma théorie passait pour incompréhensible, il n'en fallait pas
plus, à Paris, pour éveiller un intérêt mondain.
Je me souviens que ma visite avait déclenché toute une controverse sur
le thème «Un allemand de génie». C'est grâce à mon ami Paul Langevin si
j'ai pu me rendre à Paris. Ma visite a été couverte par pas moins de
quarante quotidiens parisiens. J'étais le premier Allemand reçu
officiellement à Paris après la guerre, et l'Académie des sciences avait
monté toute une cabale contre ma venue. Je me souviens de bien des
choses, mais ne me demandez surtout pas à quel hôtel je suis descendu.
Entre les entrevues aux média, les conférences, les ateliers, les gens à
rencontrer, c'est bien la dernière chose que je me rappelle.
Le 30 mars, Paul Langevin a donné en ma présence une conférence sur le
décalage vers le rouge du spectre du Soleil, validant la Relativité
Générale.
Mais je me souviens surtout du 31 mars. À mon arrivée dans une salle du
Collège de France (la salle 8 si je me souviens), l'atmosphère était
électrique. La salle avait de beaucoup dépassé sa capacité de 350
personnes, de sorte que beaucoup d'invités ont du rester à la porte.
J'étais l'hôte de Paul Langevin, professeur au Collège, et organisateur
de cette rencontre. Sous un tonnerre d'applaudissements, et après un
discours d'introduction de Maurice Croiset, administrateur au Collège,
j'étais tellement sidéré que je ne savais plus par où commencer,
d'autant plus que je devais faire mon discours en français. La présence
rassurante de Langevin m'a réconforté, et je me suis alors adressé aux
gens venus m'entendre.
Une semaine plus tard, le 6 avril 1922, j'ai rencontré Henri Bergson
lors d'une séance de la Société française de philosophie. Je me souviens
aussi que cette même journée, le prix Nobel Charles Edouard Guillaume
est arrivé à grand bruit de Genève pour «démolir la Relativité».
Durant cette visite mémorable, j'ai rencontré à peu près tous les
scientifiques qui s'intéressaient de près ou de loin au phénomène de la
relativité à cette époque.
Albert Einstein |