Ta vie
       

       
         
         

marievepilote@contact.net

      Bonjour Albert, 

J'aimerais en savoir plus sur ton enfance, comment tu as grandi, à quel âge as-tu laissé l'école... à peu près tout quoi.

 

       
         

Albert Einstein

      Old Grove Road
Peconic, Long Island

Bonjour Marie-Ève,

pardonne-moi le retard, mais je suis présentement en vacances à Peconic, Long Island, dans la maison du docteur Moore. Ton message de Dialogus a du patienter longtemps à L'institut des études avancées, à Princeton, New Jersey, où je travaille. Ils ont du tenter de le livrer à mon domicile de Mercer Street. Mais je suis parti en vacances, sans crier gare et sans laisser d'adresse, comme c'est mon habitude. Je suis donc à ma retraite estivale de Nassau Point, où je fais de la voile pendant des heures sur mon dériveur, Tinef, même si je ne sais pas nager, et où je joue du violon à mon retour. Alors si ta question m'est parvenue, il faut en remercier soit ma soeur Maja, soit ma belle-fille Margot, ou alors ma secrétaire gouvernante Helen Dukas.

Bon, quoiqu'il en soit, ta question est courte, mais cela demande une réponse assez longue je crois. Allons-y donc année par année, si tu veux bien.

1852

Le 8 août, mes parents se sont mariés, à Cannstadt. Mon père s'appelait Hermann et ma mère Pauline Koch. Ils étaient tous deux Juifs non pratiquants.

1877

Mon père est commençant et mon oncle est ingénieur. Tous deux ouvrent un magasin de matériel électronique, le nouveau phénomène est à la vogue à cette époque. Mon père n’est pas doué pour le commerce, et il aura toute sa vie de la difficulté à faire fonctionner ses affaires.

1879

Je suis né le 14 mars 1879, à 11h30, dans leur appartement du 135, Bahnhofstrasse, à Ulm, en Allemagne. Je suis le premier enfant.

1880

Le 21 juin, nous sommes enregistrés comme résidents, à Munich.

1881

Le 18 novembre, c'est la naissance de ma soeur Maja (que certains nommeront Maria).

Je commence à parler assez tard, vers l'âge de quatre ans. Et parfois, je répète des mots que je viens de dire. Mais cette habitude, je l'ai encore aujourd'hui.

1884

Cette année-là, se produisit un premier miracle, comme on pourrait dire. Mon père me montre une boussole et je suis émerveillé par cette petite aiguille qui trouve le nord toute seule. Déjà, je me disais que cela pourrait être merveilleux de chercher les lois cachées qui faisaient fonctionner les appareils.

1885

Ma mère, qui est une très bonne pianiste, commence à m'enseigner le violon. Je suivrai ses leçons de violon pendant quelques années, mais je n'aime pas l'apprentissage imposé, la discipline et les exercices. Cette attitude se reflètera pendant presque toutes mes études et me nuira grandement. Je ne commencerai sérieusement à jouer du violon qu'à l'âge de treize ans. Je resterai toute ma vie attaché à cet instrument merveilleux.

1886

Je fais mon entrée à l'école primaire (école publique de Munich). Pour respecter la loi sur l'instruction religieuse, on m'enseigne à la maison les rudiments du judaïsme.

1888

J'entre au Lycée, le Luitpold Gymnasium, situé au 33 Müllerstrasse. Ce Lycée fut détruit dans un incendie pendant la guerre et rebaptisé Albert Einstein. Mon éducation religieuse se poursuit en classe, où l'Oberlehrer Heinrich Friedmann me prépare pour le Bar Mitzvah.

1889

Je fais la rencontre de Max Talmud, un étudiant en médecine de 21 ans. Il me fait lire des livres de vulgarisation scientifique de Bernstein (Force et Matière), et de philosophie de Kant (Critique de la raison pure). Il viendra souvent à la maison, jusqu'en 1894. Durant cette période, lui et moi discuterons beaucoup de philosophie.

1890

J'ai vécu, cette année-là, et pendant environ un an, ce que plusieurs appelleront, ma «phase religieuse». Mais ensuite, en lisant des ouvrages de vulgarisation scientifique, je fus convaincu qu'une bonne part des récits de la Bible ne pouvait être vrai.

1891

Là, il se produisit un deuxième «miracle». J'ai eu entre les mains un livre traitant de la géométrie d'Euclide. La clarté et la logique de ces mathématiques me firent une impression indescriptible. Je continue l'étude des mathématiques avec l'aide de mon oncle Jakob, qui est ingénieur.

De 1891 à 1895, je me familiarise avec les mathématiques supérieures. À 15 ans, je maîtrise le calcul différentiel et intégral.

1892

Pas de Mitzvah pour moi.

1894

Les affaires de mon père et de Jakob vont mal. La famille déménage d'abord à Milan, puis à Pavie. Je reste à Munich pour terminer ma scolarité. La même année, j'envoi un essai intitulé Sur l'examen de l'éther dans un champ magnétique, à mon oncle Caesar Kock, en Belgique.

1895

Au printemps, n'en pouvant plus de la rigueur de l'instruction, je quitte mon Lycée, le Luitpold Gymnasium sans avoir achevé mon année scolaire, et je rejoins ma famille à Pavie. Il faut bien comprendre que l'instruction publique n'était pas faite pour moi. J'apprenais beaucoup plus facilement les matières qui m'intéressaient, comme la physique, la géométrie et les mathématiques, à la maison, en lisant des volumes. Les autres matières scolaires comme les humanités, la géographie, l'histoire, les langues anciennes, ne me disaient absolument rien, du moins de la façon dont elles étaient enseignées. Le Lycée ne me convenait tout simplement pas, avec ses méthodes d'enseignement. Ma grande faiblesse était le manque de mémoire, surtout pour les mots et les textes. Mais plus que ça, je ne fais pas que détester les méthodes d'enseignement, je n'accepte ni l'ordre, ni l'autorité, ni la discipline collective. Les professeurs se conduisent comme des lieutenants. C'est mon professeur de grec qui a fait déborder le vase, en disant «Einstein, vous n'arriverez jamais à rien !».

À l'automne de la même année, malgré d'excellentes notes en mathématiques et en physique, j'ai échoué è l'examen d'entrée de l'Institut Fédéral de Technologie (Eidgenössische Technische Hochschule).

De octobre 1895 à l'automne 1896, je suis les cours de la Gewerbeabteilung de l'Ecole cantonale d'Aarau. J'habite chez le directeur de l’institution, Jost Winteler, que je surnomme «papa». D'ailleurs, j'ai un premier amour avec sa deuxième fille, Maria. Les liens avec les Winteler sont tissés serrés; ma soeur Maja a épousé leur fils Paul, le cadet, et mon ami Michel Besso a épousé Anna-Barbara, leur fille aînée.

Durant cette période, j'ai rédigé en français une dissertation intitulée : Mes projets d'avenir.

1896

Le 28 janvier, contre un paiement de trois marks, j'ai reçu un document certifiant que je n'étais pas citoyen allemand (plus exactement citoyen du Wurtembourg). J'ai fait cela dans le but de pouvoir échapper au service militaire obligatoire. Je suis resté apatride durant les cinq années suivantes.

À l'automne, j'ai obtenu mon diplôme d'Aarau (lors de l'examen final noté sur 6, j'ai obtenu 6 en histoire, en algèbre, en géométrie, en géométrie descriptive, en physique ; 5 en allemand, en italien, en chimie, en histoire naturelle ; 4 en géographie, en dessin d'art et en dessin technique.). Je peux alors entrer sans examen à l'E.T.H..

Le 29 octobre, je m'installe à Zurich. Parmi mes condisciples à l'E.T.H., il y a Marcel Grossmann et Mileva Maric (ou Marity), qui devait devenir ma femme. Je me suis inscrit pour obtenir un diplôme m'habilitant à enseigner dans le secondaire.

1897

Ma rencontre à Zurich avec Michele Angelo Besso marque le début d'une amitié qui devait durer toute ma vie.

1899

Le 19 octobre, je demande officiellement la citoyenneté suisse, ce qui ne va pas de soi. Ils demandent cinq années de résidence et la somme de 800 francs, ce qui est considérable. Je réussis à réunir cette somme en économisant 20 francs par mois, sur les 100 francs que me donne une riche cousine pour subvenir à mes études.

1900

Le 27 juillet, un jury d'examen propose de décerner le diplôme de l'E.T.H. à, entre autres candidats, Grossmann et moi-même. Cette proposition est acceptée le 28 juillet. Mes notes sont (sur 6) 5 en physique théorique, en physique expérimentale et en astronomie ; 5.5 en théorie des fonctions ; 4.5 pour son travail de diplôme.

À l'automne, mes efforts pour obtenir un poste d'assistant à l'E.T.H. se soldent par un échec. Mes professeurs du Polytechnicum, et notamment Weber, mon professeur de physique, que j’ai critiqués pendant toute la durée de mes études, ne m’ont pas à la bonne et font tout pour me mettre des bâtons dans les roues.

Le 13 décembre, de Zurich, j'envoie mon premier article aux Annalen der Physik . À cette époque, les Annalen étaient LA revue scientifique par excellence dans laquelle tous les physiciens de renom publiaient. Le directeur de cette revue est le déjà célèbre Max Planck. Même si je ne vois pas beaucoup d’espoir (il n’était pas dans les habitudes de la maison de publier un article d’un suisse chômeur de 22 ans sans références), mon article sera accepté et publié. La revue me demande d’agir ensuite comme collaborateur pour produire des compte rendus d’ouvrages scientifiques.

1901

L'année la plus difficile de ma vie.

Le 21 février, je suis devenu citoyen suisse. Le 13 mars, je suis déclaré inapte au service militaire pour cause de pieds plats et de varices. Il faut dire que je ressens une certaine irritation face à ce rejet. Je suis un anti-militariste du premier degré, et je n'avais aucune envie de faire un service militaire quelconque, mais j'aurais voulu y échapper de moi-même, pas en me faisant déclarer inapte.

Mars et avril : je cherche vainement un emploi auprès de Wilhelm Ostwald, un professeur à l’université de Leipzig, et de Kamerlingh Onnes, à Leyde. Mon père tente même d'intercéder en ma faveur auprès d'Ostwald.

Le 17 mai, j'annonce mon départ de Zurich.

Du 19 mai au 15 juillet, je fais de la suppléance de mathématiques au lycée technique de Winterthur. Je reste dans cette ville jusqu'au 14 octobre.

Du 20 octobre à janvier 1902, je suis professeur suppléant à Schaffhouse. Le propriétaire-directeur, Jakob Nuesch, impose gîte et couvert et paie un salaire de misère : 150 francs par mois. De plus, il est insupportable.

Le 18 décembre, j'ai posé ma candidature pour un emploi au Bureau des brevets à Berne.

Mileva rate les examens du Polytechnicum. Elle et moi avions alors un souci personnel que je n’aborderai pas dans cette lettre.

1902

Le 21 février, j'arrive à Berne. Mes seuls moyens d'existence sont au début une pension versée par ma famille et des leçons de mathématiques et de physique.

Le 16 juin, le Conseil fédéral suisse me recrute à titre d'essai comme expert technique de troisième classe au Bureau des brevets à Berne, avec un salaire annuel de 3500 FS. J'entre en fonction le 23 juin.

Le 10 octobre, mon père meurt à Milan. Sur son lit de mort, il me permet d'épouser Mileva.

1903

Le 6 janvier, j'épouse Mileva Maric, une non-juive. Conrad Habicht, Maurice Solovine et moi-même fondent l' «Academie Olympia».

Le 5 décembre, je fais un exposé intitulé Théorie des ondes électromagnétiques devant la Naturforschende Gesellschaft de Berne.

1904

Le 14 mai, c'est la naissance mon premier fils, Hans Albert.

Le 16 septembre, je deviens titulaire au Bureau des brevets.

1905

Le 17 mars, j'achève mon article sur l'hypothèse du quantum de lumière.

Le 30 avril, j'achève la rédaction de ma thèse, Sur une nouvelle détermination des dimensions moléculaires. Cette thèse, imprimée à Berne et soumise à l'université de Zurich, est acceptée en juillet. Je la dédie à «meinem Freunde Herrn Dr M. Grossmann».

Le 11 mai, réception, par les Annalen der Physik, de mon premier article sur le mouvement brownien.

Le 30 juin, réception, par les Annalen der Physik, de mon premier article sur la relativité restreinte.

Le 27 septembre, réception, par les Annalen der Physik, du second article sur la théorie de la relativité restreinte. Il contient la relation E=mc2.

Le 19 décembre, réception, par les Annalen der Physik, du second article sur le mouvement brownien.

1906

Le 1er avril, je suis promu expert technique de deuxième classe. Mon salaire passe à 4500 FS par an.

En novembre, j'achève un article sur les chaleurs spécifiques des solides; c'est le premier article jamais écrit sur la théorie quantique de l'état solide.

1907

«L'idée la plus heureuse de ma vie» : Je découvre le principe d'équivalence pour les systèmes mécaniques uniformément accélérés. J’étends ce principe aux phénomènes électromagnétiques, je donne l'expression correcte pour le décalage vers le rouge, et je remarque que cette extension conduit également à une déviation de la lumière passant au voisinage d'un corps massif ; mais je crois que cet effet est trop faible pour être détectable.

Le 17 juin, je sollicite un poste de privat-dozent à l'université de Berne. N'étant pas accompagné de l'obligatoire Habilitationsschrift, ma demande est rejetée.

1908

Le 28 février, après une seconde tentative, je suis admis comme privat-dozent à Berne. Mon Habilitationsschrift a pour titre «Conséquence, sur la constitution du rayonnement, de la loi de distribution d'énergie pour les corps noirs». Au début de l'année, J. J. Laub devient mon premier collaborateur scientifique. Nous publions ensemble deux articles.

Le 21 décembre, Maja passe, à l'université de Berne, une thèse sur les langues romanes et obtient un doctorat en littérature avec la mention magna cum laube.

1909

En mars et octobre, j’achève deux articles contenant chacun une conjecture sur la théorie du rayonnement du corps noir. Formulées dans le langage actuel, ces deux conjectures sont la complémentarité et le principe de correspondance. J’expose le travail d'octobre lors d'un congrès qui se tient à Salzbourg, le premier congrès auquel j’ai assisté.

Le 6 juillet, je présente ma démission (prenant effet le 15 octobre) au Bureau des brevets. Je démissionne également de son poste de privat-dozent.

Le 8 juillet, je reçois, à l'université de Genève, mon premier doctorat honoris causa (Plus tard, je recevrai également, de mémoire, des distinctions de Zurich, Rostock, Madrid, Bruxelles, Buenos Aires, de la Sorbonne, de Londres, d'Oxford, de Cambridge, Glasgow, Leeds, Manchester, Harvard, Princeton, New York State à Albany, et Jeshiva).

Le 15 octobre, j’entre en fonction comme professeur associé à l'université de Zurich avec un salaire annuel de 4500 FS.

1910

En mars : Maja épouse Paul Winteler, le fils de Jost Winteler.

Le 28 juillet, c’est la naissance de mon second fils, Eduard («Tede» ou «Tedel»).

En octobre, j’achève un article sur l'opalescence critique; ce sera mon dernier grand travail en physique statistique classique.

1911

L'Empereur François Joseph signe un décret me nommant professeur ordinaire à l'université Karl-Ferdinand à Prague. L'engagement prend effet le 1er avril.

En mars, je m'installe à Prague.

En juin, je comprends que l'on peut détecter expérimentalement la déviation de la lumière lors d'une éclipse total du Soleil. J’ai prédit une valeur de 0.83" pour la déviation d'un rayon lumineux passant au voisinage du Soleil (c'est la moitié de la valeur correcte).

Du 30 octobre au 3 novembre, c’est le premier congrès Solvay. J’ai fait l'exposé final, sur «L'état actuel du problème des chaleurs spécifiques».

1912

Au début février, je suis nommé professeur à l' E.T.H.

En août, je reviens à Zurich.

1912 – 1913

Je collabore avec Grossmann (maintenant professeur de mathématiques à l'ETH) sur les fondements de la théorie de la relativité générale. Pour la première fois, la gravitation est décrite à l'aide du tenseur métrique. Grossmann et moi croyons avoir démontré que les équations du champ gravitationnel ne vérifient pas la covariance généralisée.

1913

Au printemps, Planck et Nernst viennent à Zurich me sonder sur mon éventuelle venue à Berlin. Ils me proposent un poste de chercheur sous l'égide de l'Académie des sciences de Prusse, de professeur sans obligations d'enseigner à l'université de Berlin, et de directeur du (futur) institut de physique Kaiser Wilhelm.

Le 12 juin, Planck, Nernst, Rubens et Warburg proposent officiellement ma nomination à l'Académie des sciences de Prusse, à Berlin.

Le 3 juillet, cette proposition est acceptée lors d'un vote de l'Académie par vingt et une voix contre une (et entérinée par l'Empereur Guillaume II le 12 novembre).

Le 7 décembre, j’accepte le poste à Berlin.

1914

Le 6 avril, je m’installe à Berlin avec femme et enfants. Peu après, nous nous séparons. Mileva et les enfants retournent à Zurich. Je m’installe dans un appartement pour célibataire au 13, Wittelsbacherstrasse.

Le 26 avril, parution, dans le quotidien berlinois Die Vossische Zeitung, de mon premier article de vulgarisation. Il traite de la théorie de la relativité.

Le 2 juillet, je donne donne ma leçon inaugurale à l'Académie des sciences de Prusse.

1915

Au début de l'année, je suis chercheur invité à la Physikalisch Technische Reichanstalt de Berlin; j’y effectue avec Haas des expériences sur le gyromagnétisme.

Je cosigne un «Manifeste aux Européens» exhortant tous ceux qui aiment la culture européenne à rejoindre la Ligue des Européens. C'est le premier document politique sur lequel on trouve mon nom.

Fin juin-début juillet, je donne à Gôttingen six conférences sur la relativité générale. A ma grande joie, j'ai totalement réussi à convaincre Hilbert et [Félix] Klein.

Le 4 novembre, je reviens à l'exigence de la covariance générale en relativité générale, limitée toutefois aux seules transformations uni modulaires.

Le 11 novembre, je remplace les transformations uni modulaires par une contrainte encore plus forte.

Le 18 novembre, premiers résultats post-newtoniens. J’obtiens 43" par siècle pour la précession du périhélie de Mercure. Je trouve également que la déviation de la lumière est deux fois plus importante que je ne l’avais pensé en 1911.

Le 20 novembre, David Hilbert soumet à la Göttingen Gesellschaft der Wissenschaften un article contenant la forme définitive des équations du champ gravitationnel (avec une hypothèse superflue sur la structure du tenseur énergie-impulsion).

Le 25 novembre, la structure logique de la relativité générale est achevée. Je découvre que je peux et que je dois me dispenser des contraintes introduites les 4 et 11 novembre.

1916

Le 20 mars, "Die Grundlage der allgemeinen Relativitätstheorie», le premier exposé systématique sur la relativité générale, est reçu par les Annalen der Physik; cet exposé sera cette même année publié sous forme de livre – mon premier livre.

Le 5 mai, je succède à Planck à la présidence de la Deutsche Physikalische Gesellschaft.

En juin, mon premier article sur les ondes gravitationnelles. Je découvre que la graviton possède deux états de polarisation.

En juillet, je reviens à la théorie quantique. Durant les huit mois suivants, je publie trois articles (se recouvrant partiellement) sur le sujet. Ces articles introduisent les coefficients d'émission spontanée et induite, les coefficients d'absorption, présentent une nouvelle démonstration de la loi de Planck, et énoncent, pour la première fois sous ma plume, qu'un quantum de lumière d'énergie hv transporte une impulsion hv/c. Premier malaise avec le «hasard» en physique quantique.

En décembre, j’achève Über die Spezielle und die Allgemeine Relativitätstheorie, Gemeinverständlich, qui sera mon livre le plus célèbre. Il sera traduit dans de nombreuses langues.

Également en décembre, l'Empereur signe ma nomination au conseil de direction de la Physikalisch Technische Reichsanstalt. J’ay siégerai de 1917 à 1933.

1917

En février, j’écris mon premier article sur la cosmologie et j’introduis le terme cosmologique. Je souffre tour à tour de douleurs hépatiques, d'un ulcère à l'estomac, d'une jaunisse, et me trouve dans un état de fatigue généralisé. Je serai soigné par ma cousine Elsa. Je ne recouvrerai totalement ma santé qu'en 1920.

Le 1er octobre, le Kaiser Wilhelm Institut débute ses activités (expérimentales et théoriques) sous ma direction.

1918

En février, second article sur les ondes gravitationnelles. Il contient la formule du quadripôle.

En novembre, je décline une proposition conjointe de l'université de Zurich et de l'E.T.H.

1919

De janvier à juin, je passe la plus grande partie de cette période à Zurich où je donne une série de conférences à l'université.

Le 14 février, Mileva et moi divorcent.

Le 29 mai, une éclipse solaire totale donne l'occasion de mesurer la déviation de la lumière. Les mesures sont effectuées sous la direction d'Eddington à l'île Principe, et de Crommelin dans le nord du Brésil.

Le 2 juin, j’épouse ma cousine divorcée Elsa Einstein Löwenthal, née en 1874 (Le père d'Elsa était Rudolf Einstein, un cousin d'Hermann, mon père. Sa mère, née Fanny Koch, était une sœur de Pauline, ma mère. Ainsi, Elsa était une cousine des deux côtés de la famille). Un décret avait auparavant redonné le nom d'Einstein aux deux filles d'Elsa, Ilse (née en 1897) et Margot (née en 1899). La famille emménage dans un appartement au 5, Haberlandstrasse.

Le 22 septembre, je reçois un télégramme de Lorentz m'informant que l'analyse préliminaire des données de l'éclipse de mai indique que la déviation de la lumière se situe entre la «valeur de Newton» (0.86«) te la «valeur d'Einstein» (1.73»).

Le 6 novembre, la Royal Society et la Royal Astronomical Society annoncent lors d'une réunion conjointe, que les observations de mai confirment mes prédictions.

Le 7 novembre, le Times de Londres titre : «Révolution en science/Une nouvelle théorie de l'Univers/Les conceptions newtoniennes sont détrônées».

Le 10 novembre, le New York Times titre : «La lumière va de travers dans le ciel/Triomphe de la théorie d'Einstein». C'est le début de ma célébrité auprès du grand public.

En décembre, je reçois la seule distinction honoraire qui me sera décernée en Allemagne:

docteur en médecine de l'université de Rostock.

Discussions sur le sionisme avec Kurt Blumenfeld.

1920

Le 12 février, chahut lors d'une conférence que je donne à l'université de Berlin. Je déclare à la presse que ce chahut n'avait pas été explicitement l'expression d'un antisémitisme, mais qu'on pouvait l'interpréter comme tel.

En mars, ma mère meurt chez lui.

En juin, conférences en Norvège et au Danemark. Bohr et moi se rencontrent pour la première fois à Berlin.

Le 24 août, importante réunion de protestation contre la théorie de la relativité à Berlin. Je suis présent.

Le 27 août, je réagis violemment dans le Berliner Tageblatt. La presse allemande annonce que je projette de quitter l'Allemagne. Laue, Nernst et Rubens, ainsi que le ministre de la Culture Konrad Haenisch, expriment publiquement dans la presse leur solidarité avec moi.

Le 8 septembre, dans une lettre à Haenisch, j’écris que Berlin est l'endroit où j’ai les contact les plus étroits, tant sur la plan humain que sur le plan scientifique... j’ajoute que ne répondrai à un appel de l'étranger que si j’en étais contraint par des circonstances extérieures.

Le 23 septembre, confrontation avec Philipp Lenard au colloque de Bad Nauheim.

Le 27 octobre, je donne ma leçon inaugurale à Leyde, où je suis professeur associé. Cette fonction m'amène à passer quelques semaines par an dans cette université. (Je revins à Leyde en novembre 1921, mai 1922 et 1923, octobre 1924, février 1925 et avril 1930)

A partir de 1920, je commence à publier des articles non scientifiques.

Le 31 décembre, je suis élevé à l'Ordre du Mérite.

1921

Du 2 avril au 30 mai, première visite aux Etats-Unis, avec Weissmann, pour collecter des fonds destinés à la construction de l'université hébraïque de Jérusalem. Je reçois la Barnard Medal à Columbia University. Je suis reçu à la Maison Blanche par le président Harding. Je visite Chicago, Boston et Princeton, où je donne quatre conférences sur la théorie de la relativité. Sur le chemin du retour, je m'arrête à Londres, où je me suis incliné sur la tombe de Newton.

1922

En janvier, j’achève mon premier article sur la théorie des champs unifiés.

En mars et avril, ma visite à Paris contribue à la normalisation des relations franco-allemandes. J’accepte de participer aux travers de la Commission internationale de coopération intellectuelle (CIC) à la Société des Nations, quatre années avant l'admission de l'Allemagne dans cette Société.

Le 24 juin, assassinat de Walter Rathenau, ministre allemand des Affaires Étrangères. Il faisait partie de mes relations.

Le 8 octobre, Elsa et moi embarquons à Marseille à bord du Kitanu Maru à destination du Japon. Escales à Colombo, Singapour, Hong Kong et Shanghai.

Le 9 novembre, le prix Nobel de physique m’est décerné tandis que je suis en route pour le Japon. Ce prix Nobel m’est attribué pour mon article de 1905 sur l’effet photoélectrique.

Du 17 novembre au 29 décembre, je visite le Japon.

Le 10 décembre, lors de la cérémonie de remise des prix Nobel, je suis représenté par l'ambassadeur allemand Rudolf Nadolny (à son retour du Japon, j’ai reçu mon prix chez moi, à Berlin, des mains de l'ambassadeur de Suède). Sa citation sera rédigée en ces termes : «A Albert Einstein, pour ses contributions à la physique théorique et particulièrement pour sa découverte de la loi de l'effet photoélectrique».

1923

Le 2 février, de retour vers l'Europe. Je séjourne douze jours en Palestine.

Le 8 février, je suis fait citoyen d'honneur de Tel Aviv. Je visite ensuite l'Espagne avant de rentrer en Allemagne.

En mars, déçu par le manque d'efficacité - mais non par les objectifs - de la Société des Nations, je démissionne de la CIC.

Juin et juillet, je participe à la fondation de l'Association des amis de la Russie nouvelle et deviens membre de son comité exécutif (je ne suis jamais allé en union Soviétique. L'association fut dissoute en 1933).

En juillet, je donne une conférence sur la relativité à Göteberg en remerciement pour mon prix Nobel.

La découverte de l'effet Compton met fin à une opposition tenace au concept de photon.

En décembre, pour la première fois dans un article scientifique, je présente l'hypothèse selon laquelle une surdétermination des équations du champ en relativité générale peut entraîner l'apparition d'effets quantiques.

1924

Par solidarité, je deviens membre cotisant de la communauté juive de Berlin.

Je dirige la première collection d'articles scientifiques du département de physique de l'université hébraïque de Jérusalem.

L'Institut Einstein de Potsdam, installé dans la Tour Einstein, débute ses activités. Son principal instrument est le Télescope Einstein.

Ilse Einstein épouse Rudolph Kayser.

En juin, je me ravise et revient à la CIC.

Le 7 juin, je déclare que je n'oppose aucune objection à l'opinion du ministre allemand de la Culture selon laquelle mon engagement à l'Académie des Sciences de Prusse implique que j’ai acquit la citoyenneté prussienne (je conserve ma citoyenneté suisse ).

En décembre, ma dernière découverte majeure : partant de l'analyse des fluctuations statistiques, j’aboutis indépendamment à un argument en faveur d'un lien entre les ondes et la matière. Je découvre également à cette époque la condensation de Bose-Einstein.

1925

Mai et juin, voyage en Amérique du Sud. Je visite Buenos Aires, Rio de Janeiro et Montevidéo. Je signe (avec entre autres Gandhi) un manifeste contre le service militaire obligatoire.

Je reçois la Copley Medal.

Je deviens membre du conseil d'administration de l'université hébraïque de Jérusalem (jusqu'en juin 1928).

1926

Je reçois la Golf Medal de la Royal Astronomical Society.

1927

Le 7 mai, Hans Albert Einstein épouse Frida Knecht à Dortmund.

En octobre, cinquième congrès Solvay. Début du dialogue entre Bohr et moi sur les fondements de la mécanique quantique.

1928

Vers février-mars, je suis victime d'un malaise dû au surmenage. On diagnostique une hypertrophie du cœur. Je dois garder le lit pendant quatre mois et observer un régime sans sel. Je me rétablis mais je reste affaibli durant presque un an.

Le vendredi 13 avril : Helen Dukas entre à mon service.

1929

Première visite de la famille royale de Belgique. Amitié avec le reine Elizabeth avec qui je correspondrai toute ma vie.

Le 28 juin, Planck reçoit la première, et moi-même la deuxième Médaille Planck. Je déclare à cette occasion que j’ai «honte» de recevoir un tel honneur pour des contributions à la physique quantique qui ne furent que des «idées éparses survenues fortuitement lors de mon combat infructueux avec le grand problème».

1930

Naissance de Bernhard Caesar («Hardi»), fils de Hans Albert et de Frida Einstein, et mon premier petit-fils (un deuxième petit-fils mourut à l'âge de six ans. J’eu également, par adoption, une petite-fille prénommée Evelyn).

En mai : je signe le manifeste sur le désarmement mondial diffusé par la Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté.

Le 29 novembre, Margot Einstein épouse Dimitri Marianoff. (Ce mariage se termine par un divorce.)

Du 11 décembre au 4 mars 1931, second séjour aux Etats-Unis, essentiellement au Caltech.

Le 13 décembre, le maire de New York, Jimmy Walker, me remet les clés de la ville.

Les 19 et 20, je visite Cuba.

1931

En avril, je renonce au terme cosmologique, que je trouve inutile et injustifié, face aux découvertes récentes sur l’expansion de l’univers. L’introduction de cette constante dans la relativité générale aura été la plus grande erreur de toute ma vie.

Du 30 décembre 1931 au 4 mars 1932, troisième séjour aux Etats-Unis, à nouveau essentiellement au CalTech.

1932

En février je proteste, depuis Pasadena, contre la condamnation pour trahison du pacifiste allemand Carl von Ossietzky.

En avril, je démissionne définitivement de la CIC.

En octobre, je suis nommé professeur à l'Institute for Advanced Study de Princeton (New Jersey). Le contrat initial stipule que je partagerai à peu près également mon temps entre Princeton et Berlin.

Le 10 décembre, Elsa et moi partons pour les Etats-Unis. Au départ, cela devait être un séjour semblable aux précédents. Mais nous ne remirent jamais les pieds en Allemagne.

1933

Le 30 janvier, les Nazis arrivent au pouvoir.

Le 20 mars, durant mon absence, les nazis font une descente dans ma maison à Caputh pour soi-disant rechercher des armes cachées par le parti communiste.

Le 28 mars, à mon retour en Europe, je donne ma démission de l'Académie des sciences de Prusse. Je m'installe temporairement avec ma femme dans la villa Savoyar, au Coq-sur-Mer, sur la côte belge. Deux policiers sont affectés à notre protection. Nous y seront rejoint par Ilse, Margot, Helen Dukas et Walther Mayer, mon assistant. Au cours des deux mois suivants je ferai de brefs séjours en Angleterre et en Suisse, où je verrai mon fils Edouard pour la dernière fois. Rudolf Kayser veille à la sauvegarde de mes documents personnels à Berlin et les expédie par la valise diplomatique au Quai d'Orsay.

Le 21 avril, je démissionne de l'Académie des sciences de Bavière.

Un échange épistolaire entre Freud et moi-même est publié sous la forme d'un opuscule intitulé Pourquoi la guerre ?

Le 10 juin, je donne la Herbert Spencer Lecture à Oxford.

Le 9 septembre, je quitte définitivement le continent européen et me rend en Angleterre.

Le 17 octobre, porteurs de visas américains, moi, Elsa, Helen Dukas et Walther Mayer débarquent aux Etats-unis et arrivent le même jour à Princeton.

Quelques jours plus tard les trois premiers s'installent au 2, Library Place.

Ilse et Margot restent en Europe.

1934

Mort de Ilse Kayser-Einstein à Paris. Peu après, Margot et son mari rejoignent la famille à Princeton.

1935

En mai, je fais un bref voyage aux Bermudes. J’ai fait une demande officielle de résidence permanente aux Etats-Unis. C'est la dernière fois que je quitte les Etats-Unis.

En automne, la famille et Helen Dukas emménagent au 112, Mercer Street, à Princeton.

Je reçois la Franklin Medal.

1936

Le 7 septembre, mort de Marcel Grossmann.

Le 20 décembre, mort d'Elsa.

Hans Albert Einstein obtient son doctorat en sciences techniques à l'ETH.

1939

Ma sœur Maja me rejoint à Mercer Street ; elle y restera jusqu'à la fin de sa vie.

Le 2 août, à l’initiative de Léo Szilard, et suite aux découvertes récentes sur la fission de l’atome, je signe cette célèbre lettre adressée à F. D. Roosevelt dans laquelle j’attire l'attention du président sur les implications militaires de l'énergie atomique.

1940

Le 1er octobre, à Trenton, le juge Philip Forman confère la citoyenneté américaine à Margot, Helen Dukas et moi-même. Je conserve en outre ma citoyenneté suisse.

1943

Le 31 mai, je signe un contrat de consultant avec la Division recherche et développement de l'U.S. Navy, bureau de l'artillerie, section munitions et explosifs, sous-section «explosifs et carburants puissants». Mes honoraires s'élèvent à 25 dollars par jour.

1944

A Kansas-City, une copie de mon article de 1905 sur la relativité restreinte, rédigée de ma main, est vendue aux enchères pour six millions de dollars à titre de contribution à l'effort de guerre.

Albert Einstein