SOS
       

       
         
         

Mamarie01@aol.com

      Cher Monsieur Einstein,

Si nous sommes tous soumis à des lois planétaires et temporelles qui régissent notre vie, par quel biais peut-on survivre à une vie de fatigue et de misère lorsque l'on n'a plus de force ?

Peut-on croire à un sens de vie avant de disparaître, lutter contre l'angoisse sans gâcher la vie de ses proches ? le sourire à lui seul peut-il tout sauver ?

Vous avez été un rayon de soleil dans ma vie; j'ai toujours aimé votre compagnie au chevet de mon lit;

J'avais envie de vous dire combien je suis triste et comme il faut que je m'en sorte car j'ai encore six enfants à élever,seule et sans argent,

Bien cordialement

Maman des six

 

       
         

Albert Einstein

      Chère madame,

votre lettre me touche profondément, et je ne saurais trouver les mots pour apaiser votre angoisse. Puisque je vous ai déjà accompagné, comme vous le dites, je vous suggère de lire mon livre Comment je vois le monde. Peut-être pourriez-vous y puiser quelque enseignement qui vous ferait le plus grand bien.

Je ne sais pas ce que vous savez de moi, mais j'ai connu également la misère. Je vais vous parler honnêtement et ouvertement. Vous savez, même si on me dit génie, je n'ai pas toujours fait le bonheur de mes professeurs. À vrai dire, je détestais l'école (plutôt, l'institution dans son ensemble). Ah, je m'en sortais, pas de doute, mais plus souvent qu'autrement, j'étais beaucoup plus intéressé par les matières hors école que j'apprenais en autodidacte à la maison (la géométrie d'Euclide, l'algèbre, le calcul intégral, bref, tout ce qu'on ne se donnait pas le temps de m'enseigner comme il faut à l'école). Enfin, disons-le, je n'étais pas un élève facile, ni au Lycée, ni au Polytechnique. Ce qui fait que j'ai terminé mes études avec le dédain de mes professeurs, mon professeur de grec du Lycée allant même me dire que je ne ferai rien de bon! Sans lettre de référence de leur part, toutes les portes m'étaient fermées, et à ce moment, on parle de 1901, je vivais une relation amoureuse avec Mileva. J'ai pu faire mon Poly grâce à l'aide financière d'une riche cousine, mais l'aide a cessé dès le diplôme en main. Sans argent, sans référence, la vie est difficile. Grâce à un bon ami, j'ai pu décrocher un emploi au bureau des brevets à Berne. Certains s'en seraient plaint, mais malgré tout, je bénis cette période. Cet emploi plutôt routinier me laissait tout le temps pour vaquer à mon activité préférée: penser. Penser à la physique. C'est ainsi que j'ai pu élaborer tout naturellement les principales théories qui me sont associées, dans le calme clérical. Bien entendu, j'étais loin des grands labos, mais les grands chercheurs n'ont pas besoin de labos. Après tout, je n'avais rien à tester, simplement, j'essayais de déterminer comment la nature pouvait bien fonctionner.

Je vous souhaite la meilleure des chances. Et tentez de trouver au moins une raison de sourire par jour. Vous en avez déjà six.

Albert Einstein