Solidaire, à quel point?
       

       
         
         

amsecco@hotmail.com

      Monsieur Einstein,
C'est un honneur pour moi que de vous soumettre cette affirmation d'un de mes élèves:
«De toute manière, un prof ne va jamais dire le contraire d'un autre prof».
C'est presque une réflexion philosophique, car au-delà de cette affirmation se trouve la question: jusqu'à quel point la «solidarité» en matière d'éducation est-elle synonyme de cohérence ou, au contraire, de coalition?

 

       
         

Albert Einstein

      Bonjour,

Votre questionnement soulève en effet un problème de nature beaucoup plus profonde; la solidarité intergénérationnelle. J'ai très souvent observé que certains professeurs, et même la plupart de ceux que j'ai connus, exercent entre eux une solidarité absolue envers les étudiants. Comment de fois me suis-je fait sermonner par un professeur qui n'agissait que sur la foi de ce qu'un de ses collègues lui avait raconté sur mon compte. Votre élève a bien vu.

Il est possible que dans certaines institutions plus libérales, l'élève ait droit au chapitre, mais dans les institutions scolaires que j'ai fréquentées, la discipline était la reine et les enseignants en étaient les serviteurs aveugles. Il ne faisait aucun doute dans mon esprit que dans ces institutions, l'élève avait nécessairement tort et le professeur raison. Dans les institutions scientifiques, les professeurs étaient plus souvent qu'autrement des scientifiques respectés par leurs pairs, et pour lesquels il n'était nulle question d'argumenter sur la matière enseignée.

Je vous avoue que cette nature des enseignants, jumelée avec mon caractère libre et fonceur, m'a valu plus souvent qu'à mon tour des remontrances sévères. À cause du mauvais dossier monté contre moi par mes professeurs du Polytechnique, il me fut extrêmement difficile de me trouver un emploi lors de ma sortie de l'institution.

Albert Einstein