Question d'intelligence
       

       
         
         

rachmadomov88@hotmail.com

      Cher monsieur Einstein,

Je sais que le français n'est pas votre langue maternelle et figurez-vous qu'elle n'est pas la mienne non plus, aussi vous demanderai-je de bien vouloir excuser les nombreuses fautes de grammaire. (Je m'applique à en faire le moins possible...)

Je vais entrer dans le vif du sujet.

Je me pose beaucoup (trop) de questions concernant l'intelligence, je suis moi aussi un grand passionné de musique, de piano plus précisément. Le génie me fascine et les questions que je me pose (ou devrais-je dire que je vous soumets) sont les suivantes.

Si Mozart avait fait de la physique, aurait-il été un génie et vous-même auriez-vous été ce que vous êtes aujourd'hui (demain pour vous)?

Pensez-vous que pour être un génie il est indispensable d'être précoce?

L'intelligence ne dépend-t-elle pas des multiples facteurs dans lesquels les êtres évoluent?

Merci de nous donner de votre temps (si précieux!) pour répondre à nos questions.

Dom

 

       
         

Albert Einstein

      Old Grove Road
Peconic, Long Island

Dom,

d'abord ne vous inquiétez pas pour la langue. Je ne sais pas comment Dialogus fonctionne, mais je reçois et j'écris en allemand.

Vous soulevez tout un paquet de bonnes questions. Tentons d'y répondre.

S'il faut être précoce pour être un génie. Sûrement pas. Prenez moi, par exemple, je n'ai commencé à parler qu'à l'âge de quatre ans, ce qui est très tard pour un enfant.

Si Mozart avait fait de la physique ? Non, je ne crois pas que cela aurait fonctionné. Je crois que notre génie est inné pour une matière en particulier. À l'école, mes professeurs ont tout fait pour m'intéresser à différentes matières qui ne m'intéressaient absolument pas. L'un d'eux m'a d'ailleurs déjà dit : «Einstein, vous ne ferez jamais rien de bon». Quelle ironie. Il est vrai que l'école ne m'apportait rien. Je me suis par contre intéressé aux sciences physiques et à la géométrie très jeune. Mon oncle Jacob m'enseignait l'algèbre, et je faisais du calcul intégral à quinze ans. J'étais donc très attardé sur les autres quand au cursus scolaire, mais très en avance sur les matières que j'apprenais en autodidacte. Cela m'a nui par la suite bien, pour entrer à Polytechnique, mais bon, mon tempérament est comme cela; anti-conformiste, anti-convention, anti-bourrage de crâne.

Je joue du violon moi-même, et je ne pense pas que je serais un génie de la musique si je n'avais pas touché aux sciences étant jeune.

L'intelligence, ou en tout cas son expression, dépend en effet d'une foule de facteurs. Si je n'avais pas été fasciné par une boussole que mon père m'avait montrée par hasard, qui sait ce que je serais devenu. Attention, il est évident que nous sommes tous dotés d'une certaine dose d'intelligence en naissant. On ne fera jamais un génie avec un attardé intellectuel. Mais l'intelligence, pour s'exprimer, doit trouver un créneau dans lequel évoluer.

Albert Einstein