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Estimé Professeur,
Je profite de l'occasion offerte à tout contemporain de Dialogus pour
vous proposer une question pour laquelle, je pense, vous seul avez la
réponse. Je vous prie très humblement de bien vouloir excuser d'avance
l'intérêt cavalier d'un simple étudiant en histoire pour votre vie
personnelle.
Ma question et la suivante:
Votre enfant, Lieserl, que lui est-il arrivée?
Pouvez-vous nous communiquer aussi quelques éléments de réponse sur sa
disparition?
Je vous remercie très humblement de toute l'attention que vous porterez
à la présente.
Mes respects,
YS
Cher YS,
J'ai longuement mûri cette réponse. Votre lettre m'amène à hésiter entre
la franchise et le mensonge. D'une part, je pourrais tout vous dire et
ainsi exposer au public un pan caché de ma vie. D'autre part, je
pourrais nier en bloc et vous demander de quoi vous voulez bien me
parler.
Mais force est de constater, et c'est là sans doute la plus dure leçon
qu'apporte Dialogus, que les gens de votre époque savent réellement des
choses qui n'auraient jamais du être sues. Le plus bel exemple en est
donné sur votre question au sujet de Lieserl.
En acceptant de participer au projet Dialogus, je me suis fait la
promesse de ne jamais entrer dans les détails de ma vie privée, ce que
je pense avoir respecté jusqu'à maintenant, et j'en suis assez fier. Je
n'ai pas l'intention maintenant de dévier de cette voie. Cependant, par
respect pour vous, je peux simplement vous dire que Mileva et moi
n'avons jamais parlé de Lieserl à personne, et je peux vous assurer
qu'elle n'a pas «disparu».
Albert Einstein |