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Bonjour,
N'avez-vous pas, au fond, honteusement volé et génialement développé les idées du physicien français Henri Poincaré, qui au vu de ses écrits, avait bien avant vous mis en place la théorie de la relativité restreinte? Si le ton de cette question ne vous a pas froissé, pouvez-vous m'expliquer SVP, M. Poincaré n'étant pas sur ce forum, en quoi la formule (mc²)/Sqrt (1- v²/c²), obtenu par transformation de Lorentz du (temps impropre)/ temps propre) prouve que la vitesse la plus grande est la vitesse de la lumière? En effet, il suffit de remplacer c par 2c pour empêcher la fonction de tendre vers l'infini. La vitesse de la lumière comme plus grande valeur possible n'est donc qu'un simple postulat? Ensuite, quand on regarde les formules d'invariance du style ds²=cdt²-dx², peut-on faire le rapprochement avec le produit scalaire des espaces vectoriels euclidiens? Vu de cette hauteur, il semble que la dite transformation n’est qu'une rotation dans un espace vectoriel de dimension 2. Sinon un ami m'a parlé de la théorie des groupes, je la connais bien mais n'arrive pas bien à discerner son rôle dans la preuve de la transformation de Lorentz Pour finir, ayant fini de lire Kant, comment la science a-t-elle pu se poser en nouvelle religion en ce 21ème siècle? En effet, la physique, basée sur l'expérience, n'est que la résultante de nos sens. Et donc de notre interprétation du réel. De ce fait, il nous est impossible de comprendre le monde dans son essence mais tout au plus à travers des schémas plus ou moins déterministes. Et si le «monde» était
complètement différent de la conceptualisation que renvoie notre cerveau? La science a tué dieu, pour reprendre le terme de l'un de vos prestigieux colocataires foromistique, mais n'a su le remplacer. Nous laissant au milieu de nos incertitudes intellectuelles, bien seuls. Veuillez, SVP, excuser une telle «batterie» de questions. Je ne suis qu'un étudiant en licence de maths en plein doute sur le fondement de son enseignement, ses certitudes envolées en éclats par un simple opuscule philosophique.
Je ne pouvais pas imaginer la vie emplie d'un tel vertige.
Merci par avance de me faire part vos différents points de vue détaillés sur chacune de ces interrogations, si votre temps vous le permet.
Amicalement
Christophe
Bonjour Christophe,
J'ai pris quelque temps avant de répondre à votre lettre parce
qu'effectivement, le ton de votre question m'a un peu froissé. Combien
de fois ai-je entendu que j'ai volé Poincaré, cela ne se dénombre même
plus. Et quand je vois que ces remarques ont encore effet à votre
époque, cela me rend très triste. Heureusement, vous arrosez vos
accusations d'un compliment, mais je dois avouer que le mal est fait. Je
n'ai jamais volé Poincaré. L'an dernier, à l'occasion d'une célébration
du cinquantenaire de la relativité restreinte, alors que je ne pouvais
m'y rendre, j'ai mentionné que j'espérais qu'on allait prendre soin
d'honorer comme il convient les mérites de Lorentz et de Poincaré. En
1905, j'étais physicien, Poincaré était mathématicien. Je suppose que
lui comme moi étions préoccupés par les grandes questions scientifiques
de l'époque. Depuis Lorentz, un certain courant de relativité circulait
dans les milieux scientifiques. Je n'ai jamais éprouvé de sentiment de
concurrence avec qui que ce soit, que ce soit Poincaré ou Bohr, quand
venait le temps de confronter relativité et mécanique quantique.
J'élabore des théories, et je tente au mieux de les expliquer et de les
défendre. Si un seul me donne tort, eh bien, j'aurai tort, c'est tout,
mais il devra le prouver. Les théories scientifiques arrivent rarement
seules, sans précurseur. Même Newton s'est basé sur des précurseurs, et
eux, sur les Grecs. Galilée a parlé de relativité. L'échafaudage
scientifique est un assemblage et une succession de succès et d'échecs
issus de travaux de chercheurs qui ont dévoué leur vie à la
compréhension de l'univers qui nous entoure. La relativité restreinte
s'inscrit dans ce schéma. D'ailleurs, la relativité restreinte n'a fait
qu'exposer un peu plus en détail des concepts déjà connus dans les
travaux de Lorentz réalisés en 1895. Et puis, dès le départ, j'ai rejeté
le concept d'éther, ce qu'a maintenu Poincaré jusqu'à sa mort. Poincaré
qualifiait les temps et les espaces mesurés par les observateurs en
mouvements apparents, bien que le principe de relativité interdise toute
différence mesurable entre le repère de l'éther et le repère en
mouvement. Il est vrai que Poincaré et moi avons travaillé aux mêmes
concepts en même temps, mais pour mener la théorie à terme, il y avait
un pas conceptuel à franchir, et c'est moi qui l'ai franchi. Tout cela
dit, l'enjeu de la paternité de la théorie n'a jamais eu d'importance
considérable, pour moi, comme pour lui, je crois. Nous n'avons jamais
cherché à revendiquer les concepts ou les formules de la théorie. Comme
je vous l'ai dit, nous ne faisions que travailler sur les grands
problèmes de l'époque.
Pour le reste, oui, les transformations de Lorentz peuvent être vues
comme des rotations dans l'espace-temps, amenant les principes
«apparents» d'augmentation de la masse avec la vitesse, et autres effets
relativistes.
Ensuite, on ne peut pas, comme vous dites, simplement remplacer c par
2c.
La lumière comme vitesse limite, ça découle des transformations de
Lorentz en relativité restreinte. Leur forme interdit une vitesse
supérieure à celle de la lumière. «c» n'est pas qu'un simple postulat.
On peut retrouver c grâce aux équations de Maxwell, au moyen de la
valeur de la perméabilité et de la permittivité du vide.

est la perméabilité du
vide
est la permittivité du vide
Quant à votre débat philosophique, la science a peut-être tué «certains»
dieux, mais elle n'a assurément pas tué le Vieux.
Albert Einstein
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