Physique et métaphysique
       

       
         
         

napoleno@yahoo.fr

      Bonjour cher maître,

J'ai une question physique et une question métaphysique.

Si vous avez trouvé les limites de l'univers (c'est une sphère dites-vous), qu'y a-t-il après?

Quelle est la place de Dieu dans votre compréhension du monde?

Merci d'exister.

 

       
         

Albert Einstein

      La première impression que j'ai en lisant votre lettre est qu'il est tout à fait singulier qu'elle soit anonyme. En effet, Dialogus semble avoir mis au point un procédé extraordinaire qui vous permet de communiquer avec des personnalités du passé, et vous omettez de signer votre lettre?

En rapport avec ma définition de l'Univers, si j'ai déjà soutenu en avoir trouvé les limites, c'était avant de rencontrer Hubble. Dans les faits, avant ma rencontre avec Hubble en 1930, j'ai toujours été un ardent défenseur de l'Univers stationnaire, immuable et éternel. Mais je dois bien admettre qu'Hubble m'a amené à réviser ma position à ce sujet. l'Univers serait en expansion. D'autant plus que la relativité générale, une fois expurgée de la constante cosmologique, peut servir de référence dans la définition d'un tel Univers. Plusieurs chercheurs ne s'en privent d'ailleurs pas. J'ai publié en 1932, avec le mathématicien hollandais Willem de Sitter, un article dans lequel nous présentons un modèle d'Univers qui se dilate de façon particulièrement simple: l'Univers est un espace de courbure nulle, c'est-à-dire un espace plat (et donc infini). En d'autres termes, les sections de l'espace à temps cosmique constant sont euclidiennes; la constante cosmologique est nulle et l'Univers est en expansion. Quant au terme «sphère», moi je parle plutôt d'hypersphère. Je pourrais expliciter avec des équations, mais on me dit que ce ne serait pas évident en HTML (que je ne connais pas). Il suffit de savoir que la surface d'une sphère est un espace à deux dimensions, plongé dans un espace euclidien tridimentionnel, alors que la surface d'une hypersphère a trois dimensions et est plongée dans un espace à quatre dimensions. Il n'est pas possible de se représenter mentalement une hypersphère. La surface de l'hypersphère est donc un espace sans limites, ni frontière. J'ai toujours travaillé à élaborer une théorie cosmologique empreinte de mathématiques et de géométrie; ce que je nomme «le procédé des géophysiciens».

Quant à la métaphysique, je vous répondrai ce que j'ai déjà répondu à un rabbin qui me demandait mon opinion sur Dieu: «Je crois au Dieu de Spinoza, qui se révèle dans l'harmonie des lois de ce qui est, et non en un Dieu qui s'occupe des destins et des actions des hommes». Ici vous avez un privilège extraordinaire: on me dit que Spinoza est également joignable au moyen du vortex Dialogus. Demandez-lui de vous décrire son Dieu.

Albert Einstein