Mille mercis
       

       
         
         

competence.prof@cr-poitou-charentes.fr

      Cher Albert,

Je t'appelle par ton prénom et je te tutoie car c'est ton image qui a hanté ma vie estudiantine pendant quelques années, avant que je change d'horizons, et c'est à toi que je dois une des plus belles nuits de ma vie à tenter d'expliquer tes théories à l'homme de ma vie. Ce fut un des moments les plus privilégiés que nous ayons partagés pour le moment, et cela c'est grâce à tes découvertes. Tu m'a fait rêver d'espace, d'infini, d'espace temps, de voyages impossibles alors que mon prof de fac essayait de nous faire apprendre des formules, plus qu'un scientifique tu restes pour moi un rêveur, un artiste.

J'espère que tu feras rêver mes futurs enfants tout comme tu l'as fait avec moi.

On se reverra un jour.

Marianne

 

        
          

Albert Einstein


 
Alors je vous appellerai à mon tour Marianne,

Je ne peux vous exprimer à quel point votre message m'a réchauffé le coeur. Que des scientifiques de renom tentent de comprendre mes théories, je prends cela comme une forme de reconnaissance intellectuelle et de respect pour le travail ardu que cela m'a demandé pour les mettre au point. Que d'autres s'investissent corps et âme à tenter de les prendre à revers, je peux le concevoir sans peine; après tout, elles chamboulent pas mal d'idées préconçues et de schémas de pensée millénaires. Maintenant, que les professeurs de physique tentent de les enseigner, cela m'apparaît normal s'ils jugent qu'elles représentent la réalité. Mais qu'un de ces élèves, et en particulier une femme, en ait été transcendée au point d'en retenir les meilleurs souvenirs, me transporte de joie et me laisse le goût du travail accompli. C'est grâce à des personnes comme vous que j'ai envie d'aller encore plus loin, de tenter d'unifier électromagnétisme et gravitation.

Je ne peux qu'espérer que votre mari ait retiré la même joie que vous de cette nuit mémorable. Tout cela me rappelle ma propre expérience de l'amour. Alors que je fréquentais Mileva, au tournant du siècle, je travaillais déjà sur la relativité restreinte. Mileva était une étudiante en mathématiques et une intellectuelle, fait plutôt rare pour une femme en 1901. Dans plusieurs lettres que je lui écrivais, en plus de lui faire part de ma passion amoureuse, je l'entretenais sur mes théories et mes travaux. J'étais fou de joie de savoir que je pouvais discuter de mes découvertes avec la femme que j'aimais. Je retrouve la même émotion dans votre message, la même passion. Votre mari a dû vous trouver fascinante. 

Si Dialogus existe toujours lorsque vos enfants seront en âge d'étudier les mathématiques, il me fera le plus grand plaisir de répondre à leurs questions. J'espère qu'à ce moment, vous pourrez leur expliquer l'unification électromagnétisme-gravitation d'Einstein.

Quant au fait de savoir si on se reverra, cela m'apparaît fort improbable. 

Albert Einstein