L'image des choses
       

       
         
         

philippe.eisack@wanadoo.fr

      Bonjour Albert Einstein, vous allez peut-être me prendre pour un fou mais bon...

Voilà je me disais que comme on coupe des arbres pour faire du papier j'en conclus que le papier est du bois. Mais ce que je ne comprends pas c'est que l'on peut écrire sur une feuille de papier mais pas sur un tronc d'arbre alors que c'est la même matière! Alors je me suis dit que le papier n'est que l'image du bois modifié par les machines et que ce que nous voyons d'écrit sur le papier n'est qu'une image reflétée de notre cerveau.

Qu'en pensez-vous?

Une dernière question: Connaissez vous la matrice?

 

       
         

Albert Einstein

      Bonjour,

intéressante analogie bois-papier, qui n'est pas sans rappeler les questionnements philosophiques de Platon, sur l'image et la réalité. Il imaginait un peuple vivant dans une caverne, et qui aurait pour seule connaissance de la réalité extérieure que les ombres qui sont projetées sur le mur de la caverne lorsque quelque chose passe devant l'entrée de la grotte. Pour, eux, un lion, c'était en fait la représentation en deux dimensions (l'ombre), du "vrai" lion qui passait devant la porte. Ils n'avaient aucun moyen de percevoir la réalité de façon différente. Mais bon... on s'égare.

D'abord, il est possible d'écrire sur un arbre, mais pas sur l'écorce. Trouvez un arbre auquel il manque de l'écorce et vous pourrez écrire dessus au stylo. Pas facile, mais possible. Cependant, il y a malgré tout une faille dans votre raisonnement. Malgré l'enseignement que l'on reçoit, la papier n'est PAS du bois. Ce n'est pas exactement la même matière. Pour être plus précis, le bois doit subir bien des transformations avant de devenir une feuille de papier. Le papier est fait de matière cellulosique bouillie dans un mélange d'eau et de lessive caustique (chaux éteinte), et battue jusqu'à la séparation complète des fibres. Ce mélange de fibres et d'eau (appelé pâte à papier) est alors passé à travers une sorte de tamis, laissant une fine couche de fibres feutrées sur le grillage du tamis. Cette fine couche de fibres entrelacées est le papier. Mais les fibres entrelacées ne suffisent pas à rendre le papier solide. De faibles forces électrostatiques, appelées forces de Van der Waals, se forment entre les fibres. Plus les fibres sont longues, plus leur surface est grande et plus les forces de Van der Waals sont fortes, ce qui donne un papier plus solide. Finalement, il faut ajouter des additifs au papier, opération appelée "collage", ou addition de colloïdes (tels que gommes et résines), ce qui sert à empêcher l'encre de pénétrer et de s'étaler sur le papier et donne au papier l'aspect lisse. Pour le collage dans la masse, ou addition dans la pâte, on utilise souvent un mélange de gélatine et d'alun. Le collage en surface se fait sur le papier partiellement séché. On utilise souvent du carbonate de calcium (chaux) et de l'argile pour obtenir un papier glacé. 

Finalement, de quelle matrice voulez-vous parler ? Matrice carrée, matrice-vecteur, matrice inversée, matrice d'inertie, matrice de segments discrets ?

Albert Einstein