Le syndrome d'Asperger
       

       
         
         

dan@inforautisme.com

      Bonjour Monsieur Einstein,

Concernée par la problématique de l'autisme de haut niveau, j'aimerais connaître votre point de vue sur ce sujet.

Êtes-vous effectivement autiste de haut niveau ou Syndrome d'Asperger, comme on peut le lire de plus en plus régulièrement dans la littérature concernée (Par exemple: «Science et Avenir» de sept. 2003)?

Merci de consacrer un peu de votre précieux temps à la réponse à cette question.

Danielle

 

       
         

Albert Einstein

      Madame,

Qu'est-ce que c'est que ça encore? Je serais autiste maintenant! Parce que j'aurais commencé à parler tard (jusqu'à sept ans je ne faisais que répéter les mêmes phrases de façon compulsive) et que j'aurais tiré la langue à un photographe? Parce que je manipule mieux les concepts abstraits que concrets? Parce que je suis obsédé par des questions complexes? Parce que je ne suis pas un habile conférencier? Parce que je ne communique pas facilement et spontanément avec les gens? Faut-il nécessairement établir un contact entre asocialité et autisme? Est-il possible que j'ai simplement le droit de badiner? Ou peut-être ne suis-je simplement pas attiré par des journalistes qui ne comprendront pas un mot aux réponses que je leur ferai. 

De toute manière, je suis convaincu que si vous faites le tour, certains de vos analystes contestent cette thèse.

Dans ce monde étrange fabriqué de toutes pièces sur des conventions et des règles sociales, il est évident que le moindre écart nous catégorise à part. Vos psychiatres me soupçonnent d'être atteint du syndrome d'Asperger, et le FBI me soupçonne d'être un communiste. Quoiqu'il en soit, je pense que ce qui compte c'est d'être pleinement fonctionnel dans ce qu'on fait, alors si je suis un autiste de haut niveau, et bien, tant pis, je l'assume... mais je vous laisse cependant sur ce point. Nombreux sont ceux qui citent mon sens de l'humour, parfois caustique il faut l'avouer, mais il est vrai que j'adore m'amuser, or, il est notoire que le sens de l’humour est absent chez les personnes atteintes du syndrome d’Asperger.

Albert Einstein


 



 

dan@inforautisme.com


 
Monsieur Einstein, 

Tout d'abord, je vous remercie pour la rapidité avec laquelle vous avez répondu à mon courrier. 

Cependant, je suis très perplexe. Vous semblez réagir (corrigez moi si je me trompe) comme si je vous avais quasiment injurié. Je ne voulais en aucun cas vous offenser. 

Penchez vous s'il vous plaît sur les définitions actuelles de l'autisme (autisme=handicap résultant d'un problème neuro-développemental et non pas autisme=psychose comme le prônent encore trop de psychiatres français). 

Savez vous que «répéter les mêmes phrases de façon compulsive» s'appelle de l'écholalie et que oui, cela fait partie des signes cliniques de l'autisme? Par ailleurs, détrompez vous, les autistes de haut niveau comme on les appelle et les autistes Asperger ont bel et bien le sens de l'humour. Je vous concède que cet humour est souvent très particulier et extrêmement caustique. La preuve, moi qui prend la peine de vous écrire ainsi alors que je suis une personne Asperger (diagnostiquée officiellement par une université belge de renom dans le milieu de l'autisme). Par ailleurs j'accepte très bien que vous puissiez être neuro-typique et que les traits particuliers que vous avez pu montrer sont simplement l'expression d'une personnalité originale. 

En tout cas, une chose est certaine, la personne à qui vous prêtez votre nom n'est certes pas Asperger! Ca, c'est l'évidence même! 

Danielle


 



 

Albert Einstein


 
Madame,

Il est vrai que je vous dois des excuses. J'ai plutôt tendance à mal réagir face à tous ces gens qui se soucient de ma santé mentale. J'ai parfois l'impression qu'il FAUT que j'aie un problème d'ordre psychologique, sinon je ne ferais pas ceci, ou cela, je réagirais d'une certaine façon à tel événement, etc. Le fait est que je n'ai pas besoin de ces étiquettes. Si certains veulent absolument m'en coller une, qu'y puis-je? Je considère que j'ai toujours fait ce que j'avais à faire du mieux que je pouvais.

Vous me demandez de me pencher sur les définitions actuelles de l'autisme. Actuelles, ça veut dire celles de votre époque? Voilà bien là le problème. Pardonnez-moi encore, mais je n'ai aucune idée d'où en est rendu votre psychiatrie, mais moi, je vis en 1944, et je peux vous dire qu'en 1944, il ne faut pas grand chose pour être enfermé. Si des psychiatres de mon époque me diagnostiquaient un trouble psychologique quelconque, ce n'est pas dans un centre de recherche avancé que je travaillerais, mais je pense que j'en serais quitte pour laver les planchers dans un asile. Ainsi, j'accepterai volontiers l'étiquette que vous avez mentionnée, c'est à dire, j'ai simplement une personnalité originale.

Pour le reste, je ne saisis pas bien la fin de votre message. Je ne vois vraiment pas à qui je peux bien prêter mon nom.

Madame, je vous souhaite sincèrement la meilleure des chances, dans tout ce que vous entreprendrez.

Albert Einstein