Les trous de vers
       

       
         
         

big_pannard@msn.com

      Monsieur Einstein bonjour,

Vous êtes pour moi un mystère, un objectif, votre façon de voir les choses est claire et précise. J'aime votre charisme, vos boutades. Moi je suis un simple étudiant en informatique mais j'ai une passion, les nouvelles technologies. Grâce à elles, j'ai l'occasion de faire des recherches et d'avoir accès à beaucoup de publications sur vos expériences. Je me suis délecté à lire vos réponses sur Dialogus. Je me permets aujourd'hui de vous poser une question. J'ai lu toutes vos réponses mais dans aucune vous ne faites allusion aux trous de vers qui pour moi est une notion très abstraite. C'est à ce point de vue que j'aimerais avoir des explications. Comment se forme un trou de vers? Dans un trou de vers la vitesse de la lumière peut-elle être dépassée?? Si la vitesse de la lumière est dépassée que devient la Masse?? Que devient l'énergie?? Et je pense que la notion de trou noir serait intéressante à être abordée.

Merci d'avance pour votre réponse. 

Emmanuel

 

       
         

Albert Einstein

      Emmanuel,

Je vous remercie de votre message. Il y a une raison bien logique au fait que je n'ai pas abordé le sujet des trous de vers dans mes messages. Ce phénomène est relativement nouveau, même à votre époque, et alors ici, en 1944, nous sommes encore très loin des trous de vers. La même réponse s'applique également aux trous noirs. En fait, j'ai dû demander à Dialogus pour cela. Le terme «trou noir» n'a pas encore été utilisé en 1944, mais je sais à quoi vous faites allusion. En fait, trous noirs et trous de vers sont assez proches dans leurs significations.

Un trou noir serait la condition limite qui prévaut lorsqu'une étoile très massive s'est effondrée. Les conditions gravitationnelles d'un tel lieu feraient en sorte que même la lumière ne pourrait s'y échapper. Les trous noirs semblent régis par des lois physiques particulières. Je ne veux pas dire que les lois de notre univers ne s'appliquent pas aux trous noirs, mais simplement, je dirais que nous n'avons pas encore découvert ces lois. En effet, le trou noir semble l'ultime défi de la théorie de la Relativité Générale. Pour l'instant, nous nous contenterons de continuer à utiliser le terme «singularité mathématique» pour qualifier les trous noirs.

Quant aux trous de vers, il s'agirait, selon les définitions de votre époque, d'espèces de lieux permettant de passer d'une endroit à un autre de l'univers très rapidement. D'abord, je ne sais pas si les trous de vers existent réellement, et je ne pense pas que les physiciens de votre époque en aient fait la preuve non plus. D'autre part, nous savons encore très peu de chose sur le «tissu» et la trame de l'espace-temps. Il est possible que nous vivions sur un univers-feuille, plié et contre-plié à plusieurs endroits. Prenez une feuille, posez là sur la table, et pliez la, sans la casser, en ramenant un côté par-dessus le premier. Votre feuille forme ainsi un genre de U couché. Une fourmi qui vivrait sur cette feuille ne saurait rien de cette courbure, elle aurait l'impression que la feuille est plate, et elle devrait parcourir toute la feuille pour se rendre d'une extrémité à l'autre. Imaginez maintenant que quelqu'un, vous par exemple, unissiez deux parties opposées de la feuille au moyen d'une paille. Une fourmi qui passerait par la paille aurait l'impression d'avoir franchi une très grande distance, dans son référentiel, mais en très peu de temps. Si notre fourmi était intelligente, sa seule explication serait qu'elle a dépassé la vitesse de la lumière, mais nous, nous savons qu'il n'en est rien, parce qu'elle a pris, en quelque sorte, un genre de raccourci.

Il en va ainsi des trous de vers. Ce seraient des types de «passages» pouvant éventuellement relier deux parties très lointaines de l'univers, à condition que l'univers soit courbé. Si nous passions par un trou de vers, nous aurions l'impression d'avoir franchi plusieurs années-lumière en quelques secondes. Notre seule explication serait que nous avons dû, pour cela, aller plus vite que la lumière. Mais il n'en serait rien; nous n'aurions fait qu'emprunter un «raccourci». Maintenant, c'est une autre histoire que de déterminer si: un, ces trous de vers existent; deux, si l'univers est courbé de telle façon qu'il permette la création de raccourcis. 


Tout cela est très intéressant, et je suis sûr que vos physiciens ne sont pas encore près d'avoir tout expliqué.

Bien amicalement,

Albert Einstein