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Albert
Einstein
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Très chère Maude,
C'est une vraie joie pour moi de lire votre message. J'ai beaucoup de
courrier à traiter, et bien que j'aie l'habitude de le traiter
chronologiquement, je me sens ici interpellé plus directement par le
sens que vous donnez à votre lettre. Comme ma réponse fera
éventuellement partie d'un travail scolaire que vous devez préparer,
vous seriez offusquée de ne la recevoir que dans trois semaines.
D'autant plus que je me sens vraiment privilégié que vous m'ayez choisi
parmi 162 personnalités.
Je dois d'abord vous remercier de vous inquiéter de l'état de mes
recherches. Comme bien des chercheurs, je trouve toujours qu'elles
avancent trop lentement. Cela remonte déjà à plusieurs années, mais
prenez la relativité générale comme exemple. J'ai mis plus de sept
longues années à la développer. Bien des fois, je me suis buté à des
difficultés d'ordre mathématique que je croyais insurmontables,
notamment en ce qui a trait à la topologie des espaces courbes non
euclidiens. Un de mes bons amis m'a mis sur la piste des mathématiques
riemanniennes et des tenseurs. Bien que j'étais au début plutôt
réfractaire à l'utilisation de ces êtres mathématiques bizarres que sont
les tenseurs, il faut bien avouer que ce sont eux qui m'ont fourni la
clé de voûte des équations que je cherchais. Finalement, les tenseurs
forment toute la structure de la relativité générale. À partir du moment
où l'on est convaincu que la matière déforme l'espace, il est
relativement facile de déduire que la structure de l'espace correspond à
une équation de nature GÉOMÉTRIE = MATIÈRE, mais de là à en arriver à
définir formellement les termes de l'équation, la route est longue et
parsemée d'embûches. Mais à parler de la relativité générale, je m'égare
de votre sujet principal. Veuillez m'en excuser.
Vous soulevez un point important en mentionnant que la vérité
fondamentale des choses, nous ne la saurons sans doute jamais. Et c'est
ici que vous trouverez le lien avec la religion. Lisez ce qui suit avec
ouverture. Je ne désire remettre en cause aucune foi, et en plus vous
m'écrivez dans le cadre d'un cours d'enseignement religieux. Pour moi,
Dieu n'est pas celui qui est mentionné dans maints volumes et que les
hommes prient pour leur salut. Dieu, c'est justement la Grande Équation
qui explique tout. Le jour où nous aurons cette équation, si ce jour
arrive, nous n'y verrons pas que des symboles, mais bel et bien le
visage Divin. Dieu, c'est la beauté de l'ordre cosmique et de l'harmonie
universelle, et celui qui recherche la Grande Équation n'est pas
seulement un chercheur, mais un chevalier qui cherche le Saint Graal. La
recherche fondamentale en physique et en cosmologie tient alors
davantage d'une quête du Divin que de la simple explication scientifique
des phénomènes naturels. Mais Dieu semble plus malin que nous le
pensons, et à mesure que notre quête nous mène aux frontières du connu,
nous découvrons au coeur de l'atome que les protons ne forment pas
l'ultime brique de matière, de même que nous découvrons aux confins du
cosmos notre Galaxie n'est pas la seule, mais qu'il y'en a des milliards
comme elle. Où cette quête s'arrêtera-t-elle? Établirons-nous un lien
entre l'infiniment grand et l'infiniment petit? Réussirons-nous à
trouver un théorie universelle unifiant les quatre forces fondamentales?
J'ose le croire, l'espérer. Je ne peux me résoudre à accepter
l'existence de quatre forces de la nature sans rien qui ne les relie. La
grande symétrie universelle a besoin de lois communes. Les forces
naturelles que sont la gravitation, l'électromagnétisme, la force
nucléaire forte et la force nucléaire faible, ne peuvent participer de
principes opposés ou contradictoires. Il doit nécessairement y a voir
quelque vecteur sous-jacent qui expliquerait tout. Je ne sais pas si
vous le savez, mais il semble que ma citation la plus célèbre est «Dieu
ne joue pas aux dés». J'ai dit cela justement en réaction à ce que les
physiciens appellent la nouvelle physique, ou mécanique quantique. Je
n'entrerai pas ici dans des détails qui risqueraient de dépasser votre
niveau, mais la théorie quantique part du principe d'incertitude quant à
la position et à la vitesse de l'électron. En gros, la position de
l'électron serait définie par une probabilité de présence, par une
fonction d'onde. C'est particulièrement contre ce principe que je
m'élève. La beauté de l'ordre naturel appelle autre chose que des
probabilités. Lorsque je parle de l'incomplétude de la théorie
quantique, c'est de cela que je parle. Il ne saurait être question de
statistique lorsque nous tentons d'expliquer la symétrie générale. Si
nous en sommes là, si nous devons introduire des éléments de statistique
pour décrire l'atome, c'est alors qu'il y a quelque chose de plus
profond que nous ne comprenons pas encore. Je sais qu'une des théories à
la mode à votre époque pour expliquer les particules est celle dite
théorie des cordes. Cependant, il faudra bien qu'un jour quelqu'un
tente d'expliquer la nature de ces cordes, ce qui nous ramènerait à
fouiller encore plus loin. La question est bien la suivante : y a-t-il
une finitude à la matière?
Pour ce qui est de votre question sur les mathématiques issues de la
pensée humaine, voici mon analyse. Je crois que les mathématiques ont
toujours existé, et forment même la trame de la réalité. C'est là la
raison pour laquelle leur utilisation semble coller si bien à la
réalité. Je m'explique. Nous n'avons pas toujours utilisé les
mathématiques, mais attention, deux moutons plus trois moutons, ça fait
bien cinq moutons, que le berger sache compter ou non. Newton a
découvert la loi de la gravitation universelle, par laquelle il a décrit
l'orbite des corps célestes et des planètes autour du soleil. Mais bien
avant Newton, les planètes tournaient pareil. Newton n'a réussi à
expliquer que ce qui existait déjà. Les mathématiques que vous décrivez,
issues de la pensée humaine, ne sont que des symboles utilisés pour
décrire une observation. Prenons l'addition par exemple. Il y a très
longtemps, les bergers comptaient leurs moutons avec leurs doigts, puis
avec des pierres qu'ils empilaient. Fondamentalement, ils faisaient des
mathématiques sans le savoir. Un jour, pour simplifier, quelqu'un a
inventé les chiffres. Croyez moi, ce n'est pas venu aussi simplement que
ça, mais je tente de vulgariser. Puis quelqu'un d'autre a décrété que
l'utilisation du symbole «+» signifiait ajouter ce qu'il y a à gauche du
«+» à ce qu'il y a à droite. J'espère sincèrement ne pas être trop
obscur, et que vous me suivez dans mon raisonnement. Ce ne sont pas les
mathématiques qui sont issues de la pensée humaine, mais plutôt leur
formalisme, leur symbolisme. Loin d'ici, très loin, à plusieurs
années-lumière, il existe certainement une planète semblable à la notre
sur laquelle des êtres s'épanouissent et tentent eux aussi d'expliquer
ce qui les entoure. Ils ont eux aussi certainement des mathématiques,
mais je serais extrêmement surpris qu'ils utilisent le symbole «+» pour
l'addition. C'est même presque inconcevable. Les mathématiques sont
universelles, elles font partie de la réalité, elles la définissent
même. Tout ce que nous faisons, c'est la formaliser.
En quelque part, des grains d'énergie forment de la matière, la matière
et l'énergie étant reliées par E=MC2. L'atome existe, il
forme des molécules d'hydrogène au coeur des étoiles comme le soleil. En
raison de la pression et de la chaleur qui règnent au coeur du soleil,
les atomes d'hydrogène fusionnent et forment des atomes d'hélium, qui
eux fusionneront à leur tour pour créer des éléments plus lourds. Les
étoiles vivent et meurent, et de celles qui meurent fuit toute la
matière que nous connaissons, laquelle formera les corps solides des
planètes et d'un futur soleil. Ainsi est la grande roue de la cosmologie
universelle. Le cycle de la matière et de la vie commence au coeur des
étoiles. Nous ne sommes que poussière d'étoile.
Croyez bien, chère Maude, que je suis tout aussi privilégié de
m'entretenir avec vous, et j'attends la suite de votre intervention avec
le plus grand intérêt.
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Albert
Einstein |
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À la très pénétrante et très
inquisitrice Maude,
Pardonne-moi cette formule d'introduction directement empruntée de
Spinoza, mais la nature même des questions que tu poses dans ton
deuxième message m'a amené à penser que celui-ci est autant de nature
philosophique que scientifique. Tes questions se ramènent en effet
toutes à la nature même de la réalité et de sa conceptualisation,
mentale ou scientifique. Spinoza se ferait un plaisir de démêler tout
ça, mais puisque c'est à moi que tu les poses, je vais tenter d'y
répondre.
Au sujet de votre quête de la vérité absolue, vous avez absolument
raison; nous ne faisons qu'émettre des hypothèses, celles-ci
devant être considérées comme des approches asymptotiques de la vérité.
Personne ne détient la vérité, c'est exact. Cela ne veut pas dire pour
autant que la vérité n'existe pas. Pour ce qui est des mythes grecs qui
pourraient être vrais, c'est une excellente question. Mais alors elle
pourrait s'appliquer de la même façon à tous les mythes de l'histoire.
Pourquoi nous continuons à chercher? Pour tenter de nous rapprocher de
l'absolu, pour tenter de comprendre comment les choses fonctionnent, à
quelles lois elles obéissent. Pour ce qui est de l'ignorance, je peux
vous affirmer que plus je comprends les choses, plus je constate
l'étendue de mon ignorance. Votre point intéressant concerne l'image du
monde. Nous percevons le monde tel que nos cinq sens nous le font voir.
Les lions ne voient pas le monde comme nous, plusieurs animaux, s'ils
pouvaient parler, vous jureraient que le monde est en noir et blanc, les
insectes voient dans l'ultraviolet, ils ont donc une vision des fleurs
que nous n'aurons jamais. Il y a un mot allemand qui est presque
intraduisible dans votre langue : Umwelt. On pourrait tenter de le
traduire par «schéma mental» ou «représentation mentale». Chaque espèce
animale a son propre Umwelt, sa propre représentation de la réalité.
Pour les requins, la frontière de leur univers s'arrête à la surface de
l'eau. Si les requins avaient parmi eux un grand sage qui affirmerait
qu'il existe quelque chose au-delà de la surface, sans doute
passerait-il pour fou, comme nous avons nous-mêmes fait passer Galilée
pour hérétique lorsqu'il affirmait que la Terre tournait. Nous pouvons
envier les papillons de voir les fleurs dans l'ultraviolet, mais eux,
dans leur propre Umwelt, ils ne savent pas ce qu'ils manquent. Vous
savez, Maude, il est tout à fait fascinant que vous parliez des mythes
grecs. Avez-vous déjà entendu parler de Platon, ce philosophe grec.
Platon a écrit, entre autre, une oeuvre magistrale dont le titre est La
République. Dans cette oeuvre, il propose La Caverne de Platon. C'est
tellement beau à lire que je vous en livre ici un extrait :
La Caverne de Platon
extrait de la République - Livre VII
Maintenant représente toi de la façon que voici l'état de notre nature
relativement à l'instruction et à l'ignorance. Figure toi des hommes
dans une demeure souterraine, en forme de caverne, ayant sur toute sa
largeur une entrée ouverte à la lumière; ces hommes sont là depuis leur
enfance, les jambes et le cou enchaînés, de sorte qu'ils ne peuvent ni
bouger ni voir ailleurs que devant eux, la chaîne les empêchant de
tourner la tête; la lumière leur vient d'un feu allumé sur une hauteur,
au loin derrière eux; entre le feu et les prisonniers passe une route
élevée : imagine que le long de cette route est construit un petit mur,
pareil aux cloisons que les montreurs de marionnettes dressent devant
eux et au dessus desquelles ils font voir leurs merveilles. Figure toi
maintenant le long de ce petit mur des hommes portant des objets de
toute sorte, qui dépassent le mur, et des statuettes d'hommes et
d'animaux, en pierre en bois et en toute espèce de matière;
naturellement parmi ces porteurs, les uns parlent et les autres se
taisent.
Voilà, s'écria Glaucon, un étrange tableau et d'étranges prisonniers.
Ils nous ressemblent; et d'abord, penses-tu que dans une telle situation
ils aient jamais vu autre chose d'eux mêmes et de leurs voisins que les
ombres projetées par le feu sur la paroi de la caverne qui leur fait
face ?
Et comment, observa Glaucon, s'ils sont forcées de rester la tête
immobile durant toute leur vie ?
Et pour les objets qui défilent, n'en est-il pas de même ?
Sans contredit.
Si donc ils pouvaient s'entretenir ensemble ne penses-tu pas qu'ils
prendraient pour des objets réels les ombres qu'ils verraient ?
Il y a nécessité.
Et si la paroi du fond de la prison avait un écho, chaque fois que l'un
des porteurs parlerait, croiraient-ils entendre autre chose que l'ombre
qui passerait devant eux ?
Non, par Zeus !
Assurément de tels hommes n'attribueront de réalité qu'aux ombres des
objets fabriqués. Considère maintenant ce qui leur arrivera
naturellement si on les délivre de leurs chaînes et qu'on les guérisse
de leur ignorance. Qu'on détache l'un de ces prisonniers, qu'on le force
à se dresser immédiatement, à tourner le cou, à marcher, à lever les
yeux vers la lumière : en faisant tous ces mouvements, il souffrira et
l'éblouissement l'empêchera de distinguer ces objets dont tout à l'heure
il voyait les ombres. Que crois-tu donc qu'il répondra si quelqu'un lui
vient dire qu'il n'a vu jusqu'alors que de vains fantômes, mais qu'à
présent, plus près de la réalité et tourné vers des objets plus réels,
il voit plus juste ? Si, enfin, en lui montrant chacune des choses qui
passent, on l'oblige à force de questions, à dire ce que c'est ? Ne
penses-tu pas qu'il sera embarrassé, et que les ombres qu'il voyait tout
à l'heure lui paraîtront plus vraies que les objets qu'on lui
montre maintenant ?
Et si on le force à regarder la lumière elle même, ses yeux n'en
seront-ils pas blessés? N'en fuira-t-il pas la vue pour retourner aux
choses qu'il peut regarder, et ne croira-t-il pas que ces dernières sont
réellement plus distinctes que celles qu'on lui montre?
Assurément !
Et si on l'arrache de sa caverne par force, qu'on lui fasse gravir la
montée rude et escarpée, et qu'on ne le lâche pas avant de l'avoir
traîné jusqu'à la lumière du soleil, ne souffrira-t-il pas vivement, et
ne se plaindra-t-il pas de ces violences? Et lorsqu'il sera parvenu à la
lumière, pourra-t-il, les yeux tout éblouis par son éclat, distinguer
une seule des choses que maintenant nous appelons vraies ?
Il ne le pourra pas, du moins dès l'abord.
Il aura je pense besoin d'habitude pour voir les objets de la région
supérieure. D'abord, ce seront les ombres qu'il distinguera le plus
facilement, puis les images des hommes et des autres objets qui se
reflètent dans les eaux, ensuite les objets eux-mêmes. Après cela, il
pourra, affrontant la clarté des astres et de la lune, contempler plus
facilement pendant la nuit les corps célestes et le ciel lui même, que
pendant le jour le soleil et sa lumière.
A la fin j'imagine, ce sera le soleil - non ses vaines images réfléchies
dans les eaux ou en quelque autre endroit - mais le soleil lui-même à sa
vraie place, qu'il pourra voir et contempler tel qu'il est.
Nécessairement !
Après cela, il en viendra à conclure au sujet du soleil, que c'est lui
qui fait les saisons et les années, qui gouverne tout dans le monde
visible, et qui, d'une certaine manière est la cause de tout ce qu'il
voyait avec ses compagnons dans la caverne. Or donc, se souvenant de sa
première demeure, de la sagesse que l'on y professe, et de ceux qui
furent ses compagnons de captivité, ne crois-tu pas qu'il se réjouira du
changement et plaindra ces derniers?
Si, certes.
Et s'ils se décernaient entre eux louanges et honneurs, s'ils avaient
des récompenses pour celui qui saisissait de l'oeil le plus vif le
passage des ombres, qui se rappelait le mieux celles qui avaient coutume
de venir les premières ou les dernières, ou de marcher ensemble, et qui
par là était le plus habile à deviner leur apparition, penses-tu que
notre homme fût jaloux de ces distinctions, et qu'il portât envie à ceux
qui, parmi les prisonniers, sont honorés et puissants? Ou bien comme ce
héros d'Homère, ne préféra-t-il pas mille fois n'être qu'un valet de
charrue, au service d'un pauvre laboureur, et souffrir tout au monde
plutôt que de revenir à ses anciennes illusions de vivre comme il vivait
?
Je suis de ton avis, dit Glaucon, il préfèrera tout souffrir plutôt que
de vivre de cette façon là.
Imagine encore que cet homme redescende dans la caverne et aille
s'asseoir à son ancienne place : n'aura-t-il pas les yeux aveuglés par
les ténèbres en venant brusquement du plein soleil? Et s'il lui faut
entrer de nouveau en compétition, pour juger ces ombres, avec les
prisonniers qui n'ont point quitté leurs chaînes, dans le moment où sa
vue est encore confuse et avant que ses yeux ne se soient remis (or
l'accoutumance à l'obscurité demandera un temps assez long),
n'apprêtera-t-il pas à rire à ses dépens, et ne diront-ils pas qu'étant
allé là-haut, il en est revenu avec la vue ruinée, de sorte que ce n'est
même pas la peine d'essayer d'y monter? Et si quelqu'un tente de les
délier et de les conduire en haut, et qu'ils le puissent tenir en leurs
mains et tuer, ne le tueront-ils pas ?
Sans aucun doute.
Maintenant, mon cher Glaucon, il faut appliquer point par point cette
image à ce que nous avons dit plus haut, comparer le monde que nous
découvre la vue au séjour de la prison et la lumière du feu qui
l'éclaire, à la puissance du soleil. Quant à la montée dans la région
supérieure et à la contemplation de ses objets, si tu la considères
comme l'ascension de l'âme vers le lieu intelligible, tu ne te tromperas
pas sur ma pensée, puisque aussi bien tu désires la connaître. Dieu sait
si elle est vraie. Pour moi, telle est mon opinion : dans le monde
intelligible, l'idée du bien est perçue la dernière et avec peine, mais
on ne la peut percevoir sans conclure qu'elle est la cause de tout ce
qu'il y a de droit et de beau en toutes choses; qu'elle a, dans le monde
visible, engendré la lumière et le souverain de la lumière; que dans le
monde intelligible, c'est elle-même qui est souveraine et dispense la
vérité et l'intelligence; et qu'il faut la voir pour se conduire avec
sagesse dans la vie privée et dans la vie publique.
Je partage ton opinion, autant que je le puis.
Eh bien ! partage là encore sur ce point, et ne t'étonne pas que ceux
qui se sont élevés à ces hauteurs ne veuillent plus s'occuper des
affaires humaines, et que leurs âmes aspirent sans cesse à demeurer
là-haut. Mais quoi, penses-tu qu'il soit étonnant qu'un homme qui passe
des contemplations divines aux misérables choses humaines ait mauvaise
grâce et paraisse tout à fait ridicule, lorsque, ayant encore la vue
troublée et n'étant pas suffisamment accoutumé aux ténèbres
environnantes, il est obligé d'entrer en dispute, devant les tribunaux
ou ailleurs, sur des
ombres de justice ou sur les images qui projettent ces ombres, et de
combattre les interprétations qu'en donnent ceux qui n'ont jamais vu la
justice elle même...
Vous voyez comme cela peut être trompeur, la représentation de la
réalité?
Continuons, si vous le voulez bien. C'est vrai que chaque réponse amène
son lot de nouvelles questions. Mais n'est-ce pas ainsi que nous faisons
avancer la science. Baisserons-nous les bras lorsqu'une nouvelle
question se pose sous prétexte que sa solution ne sera pas finale?
Aurions-nous inventé le feu dans ce cas?
Cependant, je ramène un point de mon premier message;
Je vais vous poser une petite question toute simple : croyez-vous à
l'existence de la Lune lorsque vous ne la voyez pas? Imaginez un seul
instant la Terre sans plus un seul être humain à la surface pour tenter
de comprendre les choses; la Terre continuerait-elle à exister? Les
animaux continueraient-ils à vivre? Les pommes tomberaient-elles
toujours?
Je termine sur un point. Croyez-vous que ce sont des extraterrestres qui
ont construit la Grande Pyramide, sous le simple prétexte qu'on retrouve
le nombre Pi en effectuant des mesures sur la pyramide et que les
Égyptiens ne connaissaient pas Pi? Savez-vous pourquoi Pi se retrouve
dans la Pyramide? Le savez-vous? Vous poserez-vous réellement la
question, ou croirez-vous aveuglément ces faux prophètes qui voient des
extraterrestres partout. Je vais vous aider, je vais vous le dire moi,
pourquoi on retrouve Pi dans la Pyramide. Les Égyptiens n'avaient pas de
corde pour mesurer les distances, du moins, pas de cordes assez longues
ou solides pour pouvoir tirer la ligne droite qui formera le périmètre
de la base de la Pyramide. Vous savez ce qu'ils utilisaient, les
Égyptiens? Ils montaient une barre sur roue qu'ils poussaient, un peu
comme ces types que vous voyez prendre des mesures dans la rue, au coin
de chez vous. Ils faisaient une petite marque sur la roue, puis ils
avançaient, mettons, de 200 tours de roue, c'est un exemple. Le petit
trait sur la roue leur indiquait bien qu'ils avaient fait un nombre
exact de tours de roue. Ils tournaient à 90 degrés, puis avançaient du
même nombre de tours. Ils faisaient ainsi jusqu'à ce qu'ils aient un
périmètre, qu'ils pouvaient valider en mesurant les deux diagonales.
Maintenant, si je vous dis que le rayon de leur roue était r,
pouvez-vous me dire le périmètre de la Pyramide? Nous devons connaître
la circonférence de la roue, bien sûr, donnée par la relation 2 Pi r.
Avec 200 tours de roue, un côté de la base de la Pyramide mesurait 200 x
2 x Pi x r. Fois quatre pour les quatre côtés, nous avons une Pyramide
de périmètre 1600 Pi r. Vous le voyez là, le fameux Pi d'origine
extraterrestre? Pi se retrouve dans la pyramide simplement parce que les
Égyptiens utilisaient une roue (laquelle contient Pi) pour en faire la
base, tout ça sans connaître Pi.
Quand tu seras grande, tu comprendras. Vous êtes déjà grande, et vous
avez déjà compris. Compris l'essentiel, c'est-à-dire qu'on ne peut pas
tout comprendre. Je vous l'ai dit : celui qui comprendra tout,
découvrira Dieu. Vous devez comprendre que la seule vérité qui tienne,
c'est celle qui vient de votre coeur.
Comment savoir à quoi ressemble vraiment l'univers? Vous croyez que je
ne me la suis jamais posée, cette question lancinante? Par la
relativité, j'ai mis au rancart 250 ans de physique newtonienne, en
introduisant cette quatrième dimension qu'est le temps, et cette
courbure de l'espace-temps par les masses gravitationnelles. Combien
d'années j'ai dépensées ne serait-ce que pour me représenter mentalement
ces phénomènes imperceptibles à nos sens et pourtant bien réels?
Le sens à votre vie, vous le donnerez vous-même. C'est uniquement vous
qui déciderez si vous devez accepter tout ce qui est écrit dans les
magazines, ou alors si vous faites vous-même des recherches
scientifiques pour tenter de donner un sens à tout ce monde étrange qui
est le nôtre. Je vous encourage à envisager cette voie. Si elle ne vous
mène pas vers la vérité absolue, au moins aurez-vous comme consolation
de devoir croire à vos propres théories.
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