Intuition
       

       
         
         

philghezzi@9online.fr

      Cher Professeur,

Est-ce l'intuition qui guide les avancées du chercheur que vous êtes?

Phil

 

        
          

Albert Einstein


 
Cher Phil,

Bien sûr, plusieurs idées nouvelles peuvent jaillir d'une intuition. Après tout, qu'est-ce qu'un grand savant, si ce n'est un grand intuitif ? J'ai d'ailleurs déjà mis des mois à présenter de manière scientifique des idées qui venaient d'intuitions qui avaient duré une fraction de seconde. Une découverte peut naître d'une intuition. Une découverte qui ne peut procéder par déduction logique à partir de l'observation, mais seulement par intuition, par ce bond libre de l'imagination qui va au-delà des phénomènes pour en inventer le sens.

«Il s'agit d'affirmer la liberté créatrice de l'homme de science par rapport aux faits, aux phénomènes dont il a à rendre compte : aucun chemin logique n'existe entre les «faits» et l'idée théorique à partir de laquelle ils prendront sens ; seules l'intuition, l'imagination mathématique sont susceptibles de créer, par un miracle que nous ne pouvons comprendre, une construction conceptuelle qui traduise la vérité objective du monde et nous permette de comprendre ce que nous observons. L'intuition, pour moi, a les traits d'une opération de divination; elle confère son identité à la physique: quête d'une image fidèle du monde, tel qu'il existe indépendamment de celui qui observe, tel qu'il ne peut être conçu par un acte d'affranchissement par rapport aux données qui nous situent et nous contraignent». 

Le plus bel exemple d'intuition concerne la théorie de la relativité générale. J'avais l’intuition que l’espace pseudo-euclidien de Minkowski n’était qu’une superstition comme je l'ai dit moi-même à E. Freundlich en 1914. Je croyais à cette idée quitte à ce que tous mes confrères fassent ce qu’il faut pour la démolir lui dis-je encore. Finalement, j'ai réalisé ce qu’on appelle un couplage minimum en introduisant la gravitation dans les équations de la relativité restreinte écrites dans le système de coordonnées de Minkowski. C’est ainsi que j'ai substitué
gmn à hmn et Ñn à n . Cela me permit de remplacer tous les termes de l’équation de d’Alembert par des expressions relativistes et aboutir, mais en 1915 seulement, à une formule contractée appelée l’équation du champ :

Rmn - 1/2 gmn R  = - k Tmn

dans laquelle «Rmn est le tenseur de Ricci, tenseur de rang deux dérivé par rapport aux gmn à partir du tenseur de Riemann-Christoffel Rlmln »,

Cependant, il faut aussi se méfier des fausses intuitions. Une intuition peut sembler apparaître spontanément, mais souvent le problème qu'elle semble résoudre nous tracassait depuis longtemps, tournant et tournant dans notre inconscient. 

Je vous laisse sur cette pensée.

«La seule chose qui vaille au monde, c'est l'intuition»

Albert Einstein