Hervé

écrit à

   


Albert Einstein

     
   

Infinité de l'univers 

    Très cher Albert,
 
Tout d'abord je tiens à vous remercier de tout le temps que vous consacrez à tenter d'expliquer aux gens ordinaires vos théories d'une manière simple, compréhensible de tous. Cela fait déjà quelque temps que je lis votre correspondance sur Dialogus, et je ne cesse de trouver tout ceci du plus intéressant.

Depuis pas mal d'années, je me pose trois questions fondamentales: D'où venons-nous, qui sommes-nous, et surtout, où allons-nous? Je sais que jamais je ne trouverai réponses à mes questions, mais tenter de comprendre la mécanique de l'univers depuis sa naissance est tellement passionnant que peut-être, un jour, je pourrai répondre à une seule de mes questions existentielles...
 
Pour cette première lettre, je ne vous poserai cependant qu'une seule question, quoiqu'il s'agisse plus d'une remarque que d'une question.

Voilà, un jour, j'ai lu une de vos réponses (malheureusement je ne sais plus où), où vous expliquiez que, si l'univers était infini, le ciel de la nuit devrait être blanc à cause du fait que nous recevrions la lumière d'une quantité infinie d'étoiles. Et là, je reste un peu perplexe. Je vais tenter de m'expliquer. Effectivement, dans ce cas, il y aurait bien une infinité d'étoiles dont nous recevrions la lumière, mais ceci, pour moi, m'amène à penser que les distances seraient elles aussi infinies et, dans ce cas, vu que la lumière est une constante, le temps que cette lumière nous parvienne serait donc lui aussi infini. Est-ce que je me trompe? Et si le temps que met la lumière à nous parvenir est infini, comment pourrions-nous la recevoir un jour?

Voilà le genre de questions que je me pose et, surtout, auxquelles je ne trouve pas de réponse. Si vous aviez ne serait-ce qu'un peu de temps à me consacrer, j'en serais absolument ravi et j'aurais alors bien d'autres questions à vous poser.
 
Je vous souhaite une excellente journée et j'attends avec impatience de vous lire.

Hervé



Très cher ami,

En supposant une infinité d'étoiles dans le ciel, il faut supposer que celles-ci seraient réparties aléatoirement dans notre Galaxie, et toutes ces étoiles ne seraient pas à une distance infinie, puisque notre Galaxie n'est elle-même pas infinie. Mais on doit aussi supposer qu'il y aurait une quantité infinie de galaxies, situées à diverses distances, de très près à l'infini. Cependant, la Terre ayant été créée il y a un nombre fini d'années, nous ne verrions dans le ciel que la lumière des étoiles ou des galaxies situées à une distance inférieure en années-lumière à l'âge de la Terre, la lumière des galaxies plus lointaines n'ayant pas encore eu le temps de nous parvenir. Mais comme il y en aurait une quantité infinie, il s'en trouverait malgré tout en nombre suffisamment proche pour que le ciel fût blanc.

Albert Einstein