Déphotonisation
       

       
         
         

bedanin@yahoo.fr

      Monsieur,

Depuis que je suis petit j'essaie de faire de mon mieux pour être l'un des meilleurs élèves de ma classe. Je ne dis pas que j'en suis loin, mais vous, je sais que ce n'était pas votre cas lorsque vous étudiiez en primaire. Vous étiez ce qu'on appelle, désolé de le dire aussi brutalement, un cancre. Alors je vous ai écrit pour savoir comment vous avez réussi à remonter la pente.

Vous êtes un cas extraordinaire et c'est pour cela, qu'un jour, j'espère vous dépasser, trouver une théorie encore plus délicate que celle de la relativité entre autres. 

Quant aux photons que vous avez découverts, il est dommage que vous n'ayez pas trouvé comment devenir invisible après avoir trouvé comment on était visible. Je voulais vous demander si vous n'aviez pas une hypothèse personnelle sur la possibilité de devenir invisible. 

En attendant, M. Albert Einstein, je vous prie d'accepter l'expression de toute mon admiration.

BEDANI Nadhir

 

        
          

Albert Einstein


 
Nadhir,

Laisse-moi d'abord te dire que j'admire ta persévérance, ce qui est, je crois, le meilleur moyen de réussir. Même si je te trouve pas mal impoli dans ta façon de parler de mes études primaires, il faut que je te donne raison sur un point; à l'époque où j'ai fréquenté l'école, c'est-à-dire vers la fin des années 1800, j'ai toujours trouvé que celle-ci n'était pas faite pour moi. Je n'aimais pas la rigueur des professeurs ni la manière dont ils enseignaient. Je les comparais à des serpents. Je trouvais que l'école n'était pas l'endroit idéal pour élargir notre esprit. En plus, ceux qui m'ont connu disaient que j'avais un retard du langage (en langage de votre époque, il n'est pas impossible que je fus dysphasique). J'étais donc un peu désintéressé de cette école qui ne m'apportait rien, voilà sans doute pourquoi je ne réussissais pas aussi bien que les autres dans certaines matières (notamment en langues). J'ai découragé mes parents. Je dois cependant vous dire, malgré ce que racontent les gens de votre époque, que je surpassais de haut mes compagnons de classe en mathématiques. Dès l'âge de 12 ans, mes professeurs disaient que mes raisonnements étaient ceux d'un étudiant universitaire. Voilà qui les déroutait. Je maîtrisais les volumes d'algèbre de l'oncle Jacob. En effet, très jeune, j'ai démontré une intense curiosité et de sérieuses aptitudes à assimiler les concepts mathématiques, mais ce n'était pas ce que l'on voulait m'enseigner. Pour tout ça, mes professeurs me considéraient mal, et je ne fut pas recommandé pour une place de professeur à l’université. Néanmoins j'ai réussi à me trouver un poste à l’office fédérale des brevets suisses de Berne. Tout ça ne m'a pas empêché de d'obtenir, en 1905, mon doctorat de l’université de Zurich pour une thèse théorique sur les dimensions de molécules.

La conclusion est qu'il faut avoir quelque chose à coeur et s'y accrocher. S'intéresser à fond à un sujet et le maîtriser. Tôt ou tard, cela rapporte. 

Concernant ta question sur l'invisibilité, je suis désolé de te dire que non, je ne vois pas comment l'on pourrait être invisible. La transparence est un attribut lié à la nature même de la matière (comme la silice, ou le verre), à la structure de ses molécules, et non aux photons qui s'en dégagent. Or nous ne sommes pas faits de silice, mais en grande partie de carbone, d'hydrogène, d'oxygène, et d'azote.

Albert Einstein