Vivre et écrire
       

       
         
         

Simon Dubuc

      Madame Duras,

En réponse à une lettre qui vous a été adressée par un monsieur Tougas, vous semblez dire que vous avez consacré toute votre vie à l'écriture. Que pour vous vivre c'est écrire. Peut-être peut-on d'ailleurs en conclure que le contraire est tout aussi vrai, c'est-à-dire que pour vous écrire c'est vivre.

Ma question est peut-être brutale, mais... êtes-vous de ceux et de celles qui méprisent les autres sphères d'intérêt comme un champion de tir à l'arc, par exemple. Ou encore un commis de bureau qui consacre tout son savoir et toutes ses compétences à bien faire son travail?

Ce n'est pas la place des intellectuels que j'interroge. C'est leur habilité souvent rencontrée à mépriser ceux qui se définissent autrement, ceux dont l'intérêt est ailleurs. Et dans ce «ceux», j'englobe tout autant ceux qui apprécient l'art que ceux qui ne s'y intéressent pas du tout.

Merci,

Simon Dubuc
         
         

Marguerite Duras

      Cher Monsieur Dubuc,

Je ne méprise en aucun cas ceux qui travaillent dans les sphères de la vie matérielle: je n'ai pas fait des reportages pour certains magazines féminins dans le dédain. De plus, je suis attentive à ce qui touche au plus près les choses de tous les jours: la famille, la maison, la cuisine (je suis une bonne cuisinière, mais j'aime inventer mes recettes). Je dis simplement que la littérature, ce n'est pas pour tout le monde.

Bien à vous,

MD