L'écriture de Sarraute et de Yourcenar
       

       
         
         

Sarah Romanin

      Madame Duras,

Julien Gracq a écrit un livre que je trouve admirable «En lisant, en écrivant», un genre d'essai sur ses notes intimes de lecture. Un pur bonheur d'intelligence et de sensibilité. Même si vous n'avez jamais publié ce genre d'essai pourriez-vous pour nous aujourd'hui et même si cela n'est pas votre choix, mais bel et bien un choix imposé - mais gentiment imposé - nous parler de l'écriture de Nathalie Sarraute ou encore de celle de Marguerite Yourcenar?

Au plaisir,

Sarah Romanin
         
         

Marguerite Duras

      Chère Sarah,

J'ai très peu lu ces deux femmes, leur écriture m'étant toujours étrangère. D'ailleurs, je n'ai souvent été inspirée que par des écritures masculines, Rousseau, Kierkegaard, Pascal. Mais si je fais l'effort d'en parler, je dirais que Nathalie Sarraute a tenté, tout comme moi, d'écrire ce qui ne s'écrit pas, ou du moins ce qui s'écrit difficilement: le silence, l'absence, le blanc. Elle demeure pourtant, pour moi, celle qui a écrit un essai intéressant sur la littérature du soupçon. Ses intuitions me plaisent. Je ne saurais en dire plus sur des oeuvres que je connais si mal car l'écriture, si elle est aussi lecture, se fait surtout dans la solitude, de soi en soi, de soi à soi.

MD