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litudj@hotmail.com |
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Montréalisation et scandales des commandites |
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| Cher Monsieur Duplessis,
Je n'aurais jamais pensé avoir une correspondance avec vous un jour. Mes grands-parents paternels et maternels sont d'une partie de la Beauce qui était autrefois le comté de Dorchester et ils m'ont souvent parlé de vous et de Jos-D. Bégin. Mes deux grands-pères m'ont souvent dit que c'est le crédit agricole qui leur a permis de sauver leurs terres durant la Crise et mes parents, qui ne sont pas si vieux (baby-boomers), se souviennent du jour où l'électricité est arrivée chez eux. Mes grands-parents n'ont jamais compris comment on pouvait appeler l'époque de l'homme qui a électrifié les campagnes de Grande Noirceur. Pour mes grands-parents, vous êtes synonyme de progrès et j'ai appris très vite à ne pas contester ce fait. Je ne sais pas si vous êtes très au courant de notre époque mais sachez qu'aujourd'hui la majorité de la population du Québec habite la grande région de Montréal et le pouvoir économique et politique du Québec se trouve presque exclusivement à Montréal. En fait, si le Québec était indépendant, il serait un des rares pays où la population se trouve majoritairement dans une seule agglomération urbaine, ce qui est absurde étant donné l'étendue de notre territoire. Dans les médias, Montréal occupe toute la place: on nous parle de la journée apporte ton vélo dans le métro ou d'un bouchon de circulation sur le boulevard métropolitain dans un bulletin de nouvelle nationale, les radios(dont la plus grande force seraient d'être locale et régionale) diffusent de plus en plus des émissions réseaux faites à Montréal, on construit à Montréal une bibliothèque nationale (une bibliothèque nationale ne devrait-elle pas se trouver dans la capitale?), on fait des débats interminables sur l'endroit où sera construit un hôpital universitaire (je vous assure que les gens à l'extérieur de Montréal qui devront se rendre à cet hôpital se foutent sur quel coin de rue il sera construit) et ces débats sont nationaux bien sûr. Pendant ce temps, de nombreuses régions du Québec se vident et se meurent dans le silence et l'indifférence des milieux politiques et économiques. C'est la montréalisation du Québec. Je crois également que si votre héritage politique est si négatif aujourd'hui c'est qu'il est analysé d'un point de vu montréalais. J'aimerais savoir ce qu'un homme qui était très populaire dans les régions pense de cette situation? Il y a également dans l'actualité ces temps-ci un scandale des commandites et une commission d'enquête sur ce scandale qui salit énormément les rouges et la façon dont ils financent leur parti. En écoutant cette commission d'enquête, on se croirait à l'enquête des comptes publics et certaines histoires sont aussi ridicules que les culottes à Vautrin. Bien que vous ayez dénoncé le gouvernement Taschereau et sa corruption, l'Union nationale n'a pas beaucoup fait mieux en termes de corruption. Vous étiez Premier ministre et chef de l'Union nationale, pourquoi avez-vous fermé les yeux face à la corruption dans votre gouvernement et votre propre parti? Monsieur, Je vous remercie pour votre beau témoignage plein de vérité, de sincérité et de fidélité. Il est vrai que la ville de Montréal grossit à vue d'oeil, souvent par des gens qui ont quitté leur belle ferme électrifiée grâce à mes efforts et à ceux de l'Union nationale. Je n'y peux rien car on est libre dans la Province, contrairement à la Russie communiste et à l'Allemagne nazie. J'espère que cette Bibliothèque nationale contiendra de bons livres, comme ceux de mon ami Robert Rumilly, un Français venu ici car il admirait nos belles qualités morales et spirituelles. Rien n'est plus dangereux et néfaste que les mauvais livres tels ceux d'écrivains qui vont à Radio-Canada pour dire du mal de la race et de nos prêtres vertueux et braves. Comme Premier Ministre je ne tolérerai pas ça. On m'accuse de patronage? J'aide mes amis. Tout le monde peut le devenir. Quant à moi personnellement, je n'ai pas un sou. Tout le monde sait ça. J'essaie de surveiller les autres, mais il y a des limites. Bien à vous, Maurice L. Duplessis |
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