Le Noblet |
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| Bonjour Excellence, Je crois savoir que votre nom exact est Maurice Le Noblet Du Plessis, et que vous seriez un descendant de petite noblesse. Noblesse d'épée ayant obtenu des seigneuries en terre canadienne? Aristocratie de souche ou gentillatrerie coloniale? Parlez-nous donc un peu de votre lignée liserée de blanc et de bleu... Loic LeMesnil |
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| Cher monsieur LeMesnil, Je constate à votre patronyme que vous originez de la vieille France, celle du Drapeau blanc et des belles et grandes traditions que nos vaillants ancêtres ont cherché à faire prendre racine de ce côté-ci de l'Océan. Sachez, Monsieur, qu'il n'y a pas de petite noblesse. Certains nobles ont préféré rester dans leurs terres plutôt qu'aller se faire voir à Versailles et dépenser l'argent qui aurait tant aidé Vaudreuil, Montcalm et Lévis à garder le Canada à ce pays qui n'a pas hésité à faire appel à nous deux fois parce que les Allemands l'avaient attaqué. Le vrai noble est près de son monde, pas de son Roi, qui a toujours le loisir de faire appel à lui quand la guerre l'exige. Mon père, feu l'honorable juge Nérée LeNoblet Duplessis a fait faire des recherches sur notre ancêtre, mais elle sont non concluantes. Un effronté a même dit qu'on descendrait d'un Sauvage. Je ferai saisir tout journal qui publierait cela. Soit dit en passant, je n'ai rien contre les Sauvages qui ont aidé nos ancêtres à passer l'hiver, mais ils n'ont pas le droit de vote. D'ailleurs, contrairement à monsieur Taschereau, qui descend non seulement d'une authentique famille noble française, mais d'une famille qui s'est illustrée de façon brillante au Canada, je préfère faire peuple, comme mes vieux chapeaux le montrent. Notre monde n'est pas très porté sur les quêteux à cheval. Vous devriez voir les cultivateurs quand je leur dis que mon père m'a fait jurer, les larmes aux yeux, de ne jamais vendre la terre familiale: ils braillent comme des veaux. Je me demande si mon défunt père a déjà vu une charrue! Le duc d'Édinbourg l'a trouvée bien bonne au souper de fête que la Province a offert à la Reine il y a quelques semaines. Si ce genre de niaiserie vous intéresse, je vais vous présenter monsieur Jean Bruchési, sous-secrétaire de la Province, et qui est féru de ce genre de choses. Son oncle, feu Monseigneur Paul Bruchési, archévêque de Montréal en titre jusqu'en 1939, a viré fou à cause de la conscription imposée aux jeunes séminaristes par Ottawa en 1917. Je pense que le neveu tient de lui. Bien à vous, Maurice L.Duplessis Procureur-général et Premier Ministre de la Province de Québec |