La hargne |
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| Monsieur Duplessis, J'ai mon voyage! Ou comme aurait dit le recteur Vandry, Habeum itinerum meum! Si vous saviez ce que vous m'avez fait endurer de 1953 à 1959 depuis que je dirige la Loyale Opposition de Sa Majesté à l'Assemblée législative où vous faites la pluie et le beau temps. Tous vos calembours quétaines, vos farces idiotes et l'épouvantable insignifiance de ce qui vous tient lieu de pensée politique. Moi, j'endure. Le pire, c'est que le pouvoir me laissera la bouche amère, alors que vous, il n'y aura eu que ça. Pour une fois, sans jeu de mots douteux tirés des bas de page du Reader's Digest, dites-moi votre recette. Si vous saviez comme le Québec va changer sous le gouvernement de Jean Lesage, combien la grande noirceur fera place à la lumière au sens des philosophes du XVIIIe siècle, et même que Danny Boy et Jean-Jacques Bertrand vont continuer l'oeuvre des Libéraux plutôt que de retourner à votre politique au petit bonheur la chance. Mais on me dit que vous êtes plutôt malade ces jours-ci. Je ne voudrais pas vous achever. Georges-Émile Lapalme Député d'Outremont Chef démissionnaire du Parti libéral provincial Chef de La Loyale Opposition de Sa Majesté la Reine |
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| M. Georges-Émile Lapalme Assemblée législative Québec Mon cher Lapalme, Mademoiselle Cloutier a hésité à me montrer votre lettre, pensant que vous étiez pris de boisson lorsque vous l'avez dictée, signée et envoyée. Je lui ai dit que vous étiez peut-être un peu déprimé et qu'il fallait vous remonter le moral. La politique est bien ingrate. Ce n'est pas à vous que j'apprendrai ça. Mais que voulez-vous, les Rouges d'Ottawa vous ont toujours tiré dans les pattes, Jean Lesage le premier. Saviez-vous qu'il avait fait un pacte de non agression avec Antoine Rivard? Je mettrai sur le compte de cette dépression les paroles peu chrétiennes que votre lettre contient à mon sujet. En ce qui regarde vos divinations, seriez-vous rendu comme Mackenzie King qui lisait l'avenir dans une boule de cristal? Si Lesage se fait élire, tant mieux pour lui. Mais si mon petit Daniel et le jeune Jean-Jacques lui succèdent, c'est peut-être parce qu'ils seront allés à la bonne école. Je ne veux pas vous faire de peine, mais j'arrive pas à voir qui pourra bien un jour se dire votre élève... Soignez-vous bien. Maurice L. Duplessis |