Êtes-vous troublé?
       
       
         
         

mjoncas@cam.org

      Je ne vous salue pas car vraiment vous n'êtes même pas digne de cela.

Alors voilà, vous dites que les religieuses s'occupaient très bien des enfants à l'orphelinat n'est ce pas? Eh bien vous le savez autant que moi que vous avez menti! De nombreux ouvrages ne cessent de paraître à propos de tous ces enfants martyrisés qui ont vécu un enfer... plusieurs sont devenus troublés eh oui et vous le savez bien mon cher!

Qu'est -ce qui vous a pris de leur faire subir de telles choses? Et pourquoi avoir vendu les plus grandes richesses naturelles du Québec pour des pinottes? Ça n'avait pas d'importance peut-être à vos yeux... Tout au long de votre pouvoir vous avez empêché le Québec d'évoluer et vous avez brisé la vie de plusieurs enfants. Cependant il y a une chose que je ne me rappelle plus à votre sujet... Quand est-ce que l'on vous a enfin enlevé le pouvoir ? Ou peut être avez-vous démissionné?

J'espère que vous me répondrez .. Ce serait la moindre des choses!

Au revoir

une Québécoise qui trouve qu'un certain Premier ministre n'a été qu'une honte pour son pays.

 

       
         

Maurice Duplessis

      Madame,

Je vous répondrai même si vous ne me jugez pas digne d'être salué. Il faut se calmer avant d'écrire à quelqu'un, même si ce n'est que le Premier Ministre choisi par une majorité de la population.

Dans l'ensemble, les religieuses et religieux ont fait un travail admirable auprès des enfants de la honte. Ces enfants étaient parfois aussi tarés que leurs géniteurs, et il ne faut pas s'étonner que ceux qui étaient chargés de leur instruction aient eu recours à des méthodes musclées. Les aumoniers veillaient sur eux et voyaient à mettre de l'ordre là où c'était nécessaire. Beaucoup de ces enfants ont racheté la faute de leurs parents et fondé des foyers chrétiens. Que certains aient sombré dans le vice m'afflige, mais je ne peux rien contre la nature humaine, malgré l'omnipotence qui m'est attribuée par mes adversaires et les ennemis de la Race.

Je n'ai pas vendu nos richesses naturelles pour des pinottes. Les compagnies américaines ont dépensé plus de 400 000 000$ afin de mettre le minerai de fer en valeur, somme que la Province n'a pas eu à aller chercher chez les contribuables. En 1946, tous les députés de l'Assemblée législative, y compris les libéraux et les membres du Bloc populaire ont appuyé le bill de l'Iron Ore, et le premier ministre Saint-Laurent m'a félicité à son sujet. Une cenne la tonne, ont dit mes adversaires. C'est plus ce que valent leurs critiques, en tous cas.

Le peuple m'a confié le pouvoir, et ne me l'a pas enlevé, sauf en 1939 quand Ottawa est venu se mêler de nos affaires. Si vous vous étiez renseignée au lieu d'écrire n'importe quoi, vous sauriez comment et dans quelles circonstances la Divine Providence m'a rappellée à Elle. Je n'aurais pas pû espérer plus belle mort.

Bien à vous,

Maurice L. Duplessis