Déformation du pénis
       
       
         
         

Isabelle Cohen

      Monsieur Duplessis,

J'ai une question un peu délicate à vous poser. Je ne voudrais pas que vous pensiez que je vous manque de respect. C'est au contraire pour mieux vous comprendre, y compris dans vos souffrances, que je veux vous la poser. Vous dialoguez avec des gens du temps de l'an 2000, Monsieur le Premier Ministre. Nous sommes émancipés, alors s'il vous plaît soyez compréhensif.

Voilà: on rapporte que vous avez une importante déformation du pénis qui fait qu'il ne vous est pas possible d'avoir des enfants. Est-ce exact?

Isabelle Cohen

 

       
         

Maurice Duplessis

      Mademoiselle,

Ma très dévouée secrétaire, Mademoiselle Auréa Cloutier, n'a pas pu voir votre lettre car je l'ai interceptée avant qu'elle n'arrive au bureau. J'aime bien ouvrir les lettres adressées à la main, comme j'aime à répondre de même aux dames. Vieilles habitudes d'un homme né dans l'autre siècle, et si j'en crois vos dires, né dans celui d'avant... Votre lettre, mademoiselle Cloutier l'aurait jetée au panier. En l'écrivant, vous ne pouviez pas penser à la peine que vous lui auriez causée en m'écrivant cela, bien qu'elle aurait pu y trouver la raison de mon célibat et de ma perfecte correction à son égard.

Avant la guerre, un soir où j'avais consommé un peu trop de gin, je suis entré au Club de Réforme à Québec, où se réunissent les Libéraux, et j'ai éteint le feu de la grande cheminée avec ce que Dieu n'a pas eu honte de donner à notre père Adam. J'ai visé et j'ai atteint. Il m'est permis de croire, mademoiselle, que si la Divine Providence m'avait donné la vocation de procréer des petits Canadiens, je m'en serais tiré tout aussi bien.

Bien à vous,

M.L.D.