Lettre d'acceptation
de Maurice Duplessis
à l'Éditeur
       

       
         
         

Maurice Duplessis

      Québec, le 27 août 1959

Mon cher Monsieur Dumontais,

Vous devez bien être Français de France pour avoir organisé un panthéon de gens célèbres sans avoir pensé à moé qui me morfonds au Château Frontenac depuis que cet imbécile de Diefenbaker a pris le pouvoir (grâce à l'aide de l'Union nationale) et que je n'ai plus personne à battre; Drapeau et Lapalme se sont laissé avoir comme des premiers communiants. S'ils pensent que c'est ce frais de Lesage qui va avoir raison de moé, ben y se trompent!

Paul Sauvé m'a abonné à votre affaire qui ne serait pas contrôlée par Ottawa comme leur radio pis leur T.V. pis je trouve ça pas mal intéressant sauf qu'entre les mains de gens mal intentionnés ça pourrait faire autant de mal que le communisme. J'ai pour mon dire que Pie XII a été empoisonné par Moscou.

En tout cas je VEUX avoir mon mot à dire dans votre Dialogus (serait-il parent de Trifluvius, mon alter ego auprès de mes amis instruits que je rencontre au Ritz-Carlton de Montréal mais que je cache de peur de passer pour un faiseux?)

Je ne vous demanderai pas de verser le 10% d'usage à l'honorable Gérald Martineau mais si vous me refusez vos ondes, bien je vais activer Radio-Québec que j'ai fondé en 1946 et qui dort dans mes tiroirs. Ce n'est pas parce qu'Ottawa a invalidé ma Loi du Cadenas, approuvée par tous Nos Seigneurs les Évêques, que je vais vous laisser faire la loi dans la Province. N'ayez crainte, vous n'aurez pas honte de moé qui suis fils de juge mais qui dois le cacher pour pas passer comme ce pauvre monsieur Taschereau pour un gros bourgeois. On peut se moquer de moé, du Parti, mais pas de la Race ou de la Province.

Bien à vous,

Maurice L. Duplessis, Procureur-général et Premier Ministre de la Province de Québec