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 René
écrit à

Alexandre Dumas


John Davys


   

Bonjour Monsieur Dumas,

Bien que je sois un de vos plus fervents admirateurs, je viens, une fois n'est pas coutume, vous parler d'une déception. «Les aventures de John Davys», puisque c'est de ce roman dont il s'agit, m'a cruellement laissé sur ma faim. Tout est bel et bien jusqu'à la rencontre avec le terrible Ali Pacha, puis le roman sombre... Je ne dirai rien de la fin brutale du roman afin de ne rien dévoiler aux lecteurs.

J'ai remarqué une chose particulière dans «La comtesse de Charny», «Le bâtard de Mauléon», «John Davys» ou «Le chevalier de Maison-Rouge»: c'est que vous êtes un peu cruel avec les amoureux. Si je me souviens bien de tout ce que j'ai lu, il n'y a qu'Ange Pitou qui soit content. Je ne suis pas sûr que les amoureux des «Mohicans de Paris» aient fini par se trouver complètement heureux.

Tout cela n'est que fiction me direz-vous, d'accord, mais c'est tellement beau quand une histoire d'amour finit bien!

Votre toujours fidèle,

René.


Mon cher René,

Je conçois votre déception au sujet de la fin de l’histoire de John Davys avec la belle Fatinitza. Vous rejetez sur moi la responsabilité de ce triste dénouement; vous auriez dû, au moins, en rejeter une partie sur la fatalité. En effet, John eût certainement eu le temps d’arriver à Céos s’il n’avait été retenu par le Pacha. Mais alors, comment le jeune étranger eût-il traversé, seul, les États de ce prince sans ce faire assassiner pour une raison ou une autre? Ali l’a forcé à le suivre, et bien qu’il en résultât malheur pour lui et Fatinitza, il est d’ailleurs à remarquer que cet acte fut salutaire pour d’autres.

En effet, s’il n’eût suivi le prince, Vasiliki et sa mère eussent inévitablement péri par la main criminelle de Chaïnitza. Alors, mon cher, Haydée n’eût pas vu le jour ; le comte de Monte-Cristo n’eût donc pas pu l’acheter comme esclave, elle n’eût pas pu témoigner au procès du comte de Morcerf comme victime; alors, qui sait ? Fernand de Morcerf, sans témoin oculaire de sa perfidie et de sa félonie, eût probablement réussi à convaincre ses pairs qu’il était un honnête homme, en dépit de ses divers crimes.

Enfin certes, la fin de Fatinitza est triste, mais ces différentes réflexions me portent à conclure que tout ce que Dieu fait est bien fait.

Je vous invite à la même résignation tout en restant,

Mon cher René,

Votre humble et obligé,

Alex. Dumas.

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