La soif de gloire ou le sens du devoir? |
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| Cher Monsieur, Diriez-vous que la motivation principale de votre carrière militaire fut la soif de gloire ou le sens du devoir patriotique? Loic LeMesnil |
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| La soif de gloire. Bien sûr,
à l'école militaire l'on nous a inculqué le sens du devoir,
l'amour de la patrie et de notre roi. Mais la figure même du roi a servi à
nourrir mes rêves de gloire. Je me rappelle ces longues heures où j'étais
de service à la Nouvelle redoute -ce lieu isolé- et où je m'abandonnais
à mes rêveries. Les Tartares arrivaient en grand nombre et moi je tenais
le fort avec quelques hommes. J'étais couché sur le champ de bataille,
blessé, lorsque du renfort arrivait. Alors là un homme se penchait
sur moi pour me féliciter, et c'était le roi. À propos de la gloire, justement, j'eus un soir une conversation avec Angustina qui me troubla énormément. Angustina était de nous tous le plus cultivé. Il me parla d'un livre qu'il avait lu, de Cicéron. Il était question d'un rêve fait par un grand général romain, Scipion ou Émile, je ne sais plus. La Terre était immense, habitée par d'innombrables races d'hommes parlant tous des langues différentes. Et les temps étaient infinis, vers le passé comme vers l'avenir, avec leurs cohortes d'hommes qui ne nous aurons pas connus ou pour lesquels notre souvenir s'oubliera tout à fait. Que signifiait alors la gloire qu'on pouvait espérer obtenir? Peu de chose, pour ne pas dire rien du tout. Cette pensée me remua fort, et puis je l'oubliai comme le reste. Quelques mois plus tard, Angustina mourut sur un pic montagneux, imitant la pose d'un héros d'autrefois. Peut-être était-ce là en effet la seule possibilité de gloire qui nous restât. Bien à vous, Giovanni Drogo |