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Emilia |
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Vous |
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Cher Comte,
J'espère que vos nuits sont aussi blanches que les miennes. Je viens de lire les quelques messages que vous laissez à vos interlocuteurs, et quelque chose me perturbe. Si vous étiez vraiment un vampire, vous auriez déjà senti ma présence, mon cher Comte. Ensuite, il n'y a pas ce qu'on appelle internet très très loin des villes, malgré le fait que, de nos jours, les êtres humains ont bien avancé sur leur temps. Puis, on ne fait pas de liste d'attente de ceux que nous allons mordre; vous savez très bien, du moins si vous êtes comme moi, que c'est à l'envie, au plaisir, à l'odeur de cette chair que nous nous nourrissons. Il est vrai que je comprends votre solitude, puisque j'ai la même en mon corps et en ma tête, mais transformer, de nos jours, des sangs impurs comme eux pour les rendre aussi beaux et éternels que nous, ce serait une honte. Pour ma part, je préfère le grand cru mais je m'éloigne du sujet de ma lettre. J'attends impatiemment une réponse de votre part, si vous en avez l'audace et, peut-être, nous croiserons-nous lors d'un opéra à Paris, ou dans la plus sombre des nuits que le monde puisse créer. Affreux jour à vous mon cher! Salutations, Emilia Chère Emilia, Vous avez bien fait de m’écrire, car je vais vous apprendre quelque chose: l’ironie. C’est une forme de communication très habile qui consiste à faire entendre le contraire de ce qu’on dit. Maintenant que vous connaissez l’existence de cette figure de rhétorique, vous comprendrez que, bien sûr, je ne laissais pas entendre à l’interlocutrice à laquelle j’ai affirmé que je l’inscrivais sur ma liste d’attente que je dressais effectivement de telles listes; par cette remarque, je voulais signaler qu’elle n’était pas la seule à vouloir devenir vampire et que je me lassais de lire, une fois de plus, une de ces suppliques d’adolescente souffreteuse. Quant à ce que vous nommez «Internet», je ne sais pas de quoi il s’agit: comme je l’ai signalé dans une autre missive, j’envoie mes courriers de façon traditionnelle et je ne me préoccupe pas de la manière dont ceux-ci sont ensuite diffusés. Sanguinement vôtre, Dracula |
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