Audrey
écrit à

   


Dracula

     
   

Une histoire entre vous et moi?

    Un jour un ami m'a demandé: «Qu'est-ce que l'amour?» Je lui ai répondu: «L'amour est une douceur dont le jus est savoureux et la pâte amère.»

Je vous envoie cette lettre non pas pour vous demander de me transformer en vampire car quand je vois les autres le faire, je trouve ça agaçant! mais pour que nous fassions connaissance, en partageant du plaisir à nous entretenir!!

Pensées ensanglantées,

Audrey, que l'on nomme Vampirellia

Chère Audrey,

Je suis tout à fait prêt à faire votre connaissance, mais je préfère vous avertir d'entrée de jeu. Vous entamez, en effet, votre lettre par une considération générale sur l'amour, ce qui me laisse penser que vos attentions à mon égard sont précises; or, en tant que vampire, je ne connais pas ce sentiment si vain qui rythme les vies des mortels!

Sanguinement vôtre,

Dracula

PS: D'où vous vient ce surnom que, dites-vous, certains vous attribuent?

Mon cher Prince Dracula,

Je te remercie d'avoir accepté que nous fassions connaissance! Pour te répondre j'ai mis cette citation, peut-être parce que c'est le sentiment que j'éprouve à ton égard!

Sinon, pour mon surnom, il m'a été donné parce que je suis dans un monde où le vampire a la place principale!

Sinon, as-tu lu des livres qui parlent de toi? Si oui, qu'en penses-tu? Est-ce réaliste?

Pensées rouges de plaisir,

Audrey

Chère Audrey,

Non, je n’ai lu aucun livre parlant de moi; il paraît qu’à l’époque où vous m’écrivez, effectivement, cette démarche ait été entreprise! Et quel est ce lieu «béni» -si j’ose dire– d’où vous dites venir et où le «vampire a la place principale»?

Sanguinement vôtre,

Dracula

P.S.: je vois que, dans vos courriers, vous avez hésité entre le vouvoiement et le tutoiement. Je vous en prie, imitez-moi et vouvoyons-nous, du moins dans un premier temps; nous ne sommes pas si familiers encore…


Mon cher Prince Dracula,

Pour vous répondre, le monde dans lequel «je suis» est celui de mes rêves, mes pensées et mes discussions entre amies!! Et je dirais même que pour moi, mon monde est toujours avec moi. Je vis avec la pensée de vivre aux côtés d'un vampire. Ce qui m'apaise!

Je suis désolé de vous avoir tutoyé, mais dans le monde d'aujourd'hui les humains ont tendance à la facilité.

Mais parlez-moi un peu de vous...

Sanguinement vôtre (comme vous le dites si bien),

Audrey

Chère Vampirellia,

Vous n'êtes pas la première à m'envoyer des missives de votre époque, ce qui me permet de vous contredire: il ne me semble pas que le tutoiement soit devenu plus commun à votre époque qu'à celle depuis laquelle je vous écris. Mais passons.

Par contre, dans le monde dans lequel je suis, les femmes se comportent comme des créatures craintives et faibles; je suis donc agréablement étonné d'apprendre que vous parlez volontiers de vampires avec vos amies. Que cela doit être agréable de vivre dans une société où les femmes osent enfin affronter leurs craintes!

Vous me demandez, enfin, de parler de moi; cette formule, «parlez-moi de vous», est horriblement floue et inconfortable. Vous figurez-vous, vous, qu'un inconnu puisse vous soumettre semblable requête? Que lui répondriez-vous? Par ailleurs, visiblement, vous auriez lu des ouvrages parlant de moi, déjà; je ne suis donc pas totalement étranger à vos yeux et vous souhaitez certainement me poser des questions plus précises.

Sanguinement vôtre,

Dracula