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Agnieska |
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Solitude |
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Cher Prince-Comte Dracula,
Comment allez-vous? Certes, user d'un titre inférieur à celui de Prince est une bonne échappatoire, un moyen discret de rester noble. Et certes un «Prince Dracula» est plus imposant qu'un simple Comte. Heureusement, vous pouvez sauver votre honneur en usant des deux titres, comme c'est fréquemment le cas dans des familles de haute noblesse. Mais actuellement, être noble ne signifie pas grand chose, juste avoir de l'argent, et encore! Avoir un château dans le meilleur des cas (je n'ai qu'un manoir mais ça me convient parfaitement); et un nom à rallonge -heureusement que, la plupart du temps, je ne le porte pas, parce que ma signature, même en écrivant assez serré dépasserait les dix centimètres: Agnieska Winand von Braun, comtesse von Lauenstein-Lünnenburg! Il faut savoir que le nom Braun est celui de mon autre titre, celui de baronne. Ouf! Et le vôtre? Il mesure combien de mètres? Pour ce qui est de votre proposition de venir vous voir, la Valachie et les Carpathes ne sont pas fort éloignés de mes anciennes terres à Lauenstein et à Lünnenburg. Aussi, si je passe par là pour quelque affaire, soyez assuré de ma visite, de nuit je suppose, par commodité envers le châtelain! Et pour ce qui est de la mode gothique, les bracelets à picots ne servent pas à attaquer, juste à décorer. mais vous avez raison je porte fréquemment ce genre de vêtements! Bonne nuit et amitiés ensanglantées, Agnieska Chère Agnieska Winand von Braun, Comtesse von Lauenstein-Lünnenburg, Vous dites que la noblesse n’a plus guère de poids dans nos sociétés actuelles; effectivement, la soudaine prise d’importance de la classe bourgeoise l’a évincée du devant de la scène. Mais je reste persuadé qu’être noble est avant tout un état d’esprit: notre sang bleu nous élève au-dessus des autres, dans un univers dont les plébéiens, jaloux, ne comprendront jamais la subtile supériorité, et nous incarnerons à jamais, face à la médiocrité d’un monde soumis aux caprices du commerce, le raffinement d’une culture du beau et de l’exquis. Chérissez donc votre nom, Baronne, et aimez cette «signature de dix centimètres» que vous semblez un brin regretter! Quant à ce goût que vous avez pour les bracelets à picots, je ne sais que dire… J’ai pu constater à quel point les modes pouvaient évoluer à travers les siècles et ai appris à m’adapter pour ne pas me singulariser. Qui sait si, à votre époque, je ne porterais point de ces instruments qui me semblent aujourd’hui si étranges! Sanguinement vôtre, Voïvode Vlad III Tepes, « Drãculea », prince de Valachie |
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