Marie
écrit à

   


Dracula

     
   

Petite confession

    Bonjour cher Comte,

Je suis une jeune fille (ou femme, je ne sais pas trop) de vingt ans, complètement perdue, un peu folle sans doute (j'ai d'ailleurs ce qu'on appelle la dépression cyclique intem suicide, mais ça se soigne), j'ai essayé deux fois de me suicider, ça n'a pas marché. Peut-être plus tard, qui sait?

Toujours est-il que j'ai toujours adoré les vampires, ils me fascinent, et je ne sais pourquoi je vous écris, je n'ai aucune requête, seulement peut-être pour vous exprimer ma sympathie, et pour avoir le plaisir de lire votre réponse.

Sincèrement vôtre,

Marie


Chère Marie,

Qu’une jeune femme au nom si explicitement sacré soit fascinée par le Mal, voilà qui m’amuse et me ravit. Ainsi donc, jolie Marie, nous vous fascinons –et vous souhaitez mettre fin à vos jours. Quelle antithèse! Nous représentons l’éternité; cela ne vous émeut-il pas? Votre attirance pour l’absolu doit-il nécessairement se matérialiser dans le Rien, ne pouvez-vous vous en servir comme instrument de conquête?

Sanguinement vôtre, 

Dracula


Cher Comte,

Quand j'étais plus jeune, j'étais attirée par l'éternité; j'avais une âme romantique, je dévorais les livres d'Anne Rice, je trouvais la petite Claudia magnifique, une adulte dans le corps d'un enfant, je comprenais ce contraste douloureux parce que j'étais, à l'inverse, une enfant qui se transformait en femme, attirait le regard des hommes et ça m'effrayait (la suite m'a donné raison de me méfier).

Les vampires me fascinaient pour le pouvoir, pas la force surhumaine, non: celui de traverser les générations, je voulais être vampire pour lire des livres et voyager, apprendre... Idiot comme idée pour beaucoup de gens, mais maintenant je trouve que l'envisager sérieusement ce serait faire preuve d'arrogance: pourquoi aurais-je été choisie, moi et pas une autre? Un homme ne m'a jamais aimée, alors une créature plus rare encore moins... Je suis une espèce de poupée dont on se sert, on ne la choisit que temporairement, et quand elle commence à être abîmée, on la jette aux ordures. Je me suis résignée à ne pas connaître le bonheur auquel j'aspirais depuis une déception amoureuse. De plus, vous me demandez si je pourrais m'en servir comme instrument de conquête? Non, je crois que faire le mal n'est pas dans ma nature, je pardonne facilement la faiblesse humaine même si je l'exècre. Je pense que mes semblables m'ont détruite.

Vous avez de la chance de ne plus avoir à vivre avec le tourbillon d'incertitudes qui font l'homme.

Amicalement vôtre, 

Marie


Chère Marie,

Bien entendu, il est plus aisé de ne plus être soumis aux caprices des sentiments quand, comme moi, on ne possède plus de cœur qui batte. Mais de mon vivant, je n’aurais pu survivre à la cruauté du monde qui était le mien –un monde où la torture, physique ou mentale, était rabaissée au rang des banalités du quotidien– si je n’avais fait un sort à ma sensibilité. Jeune Marie, tout s’apprend. Ce que les livres nous dévoilent, mais pas seulement. Croyez-en l’expérience d’un très vieux monsieur de cinq cents ans et puisez en vous la force de devenir plus solide…

Sanguinement vôtre,

Dracula

P. S.: un vampire ne choisit pas ses victimes parce qu’il les aime mais, bien au contraire, parce qu’il les déteste.