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Drecci Gislaadt |
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Missive d'un villefranchois |
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Mon Seigneur Dracula,
Depuis maintes & moultes années, je m'intéresse à votre légende, mais aussi à votre comté. J'ai l'intention de coucher des vers décrivant votre règne. Pour lors, j'écris sur le chevalier noir de Hongrie. Je suis poète le jour, peintre les nuits, je rêve au crépuscule. Pardonnez-moi de vous déranger de la sorte, votre grandeur, au sein de votre "éternel Repos". J'ai quelques questions particulières à Vous adresser: 1/ Lors des représailles en 1460 dans la région de Brasov, votre arme principale fut la surprise; usiez-vous souventefois de cette stratégie lors de vos campagnes, comme l'avait fait Alexandre, puis plus tard Clausewitz? 2/ Mon âme peut-elle se permettre de demander quelques informations sur votre mère ainsi que sur votre bien-aimée? Quant à cette dernière, qui était-elle? Comment l'avez-vous connue? Qu'aimiez-vous le plus en elle? Quel était son prénom? Je souhaiterais, si vous me le permettez, composer un poème comportant un acrostiche en son honneur et en sa mémoire. 3/ Pourquoi avoir signé un armistice avec les Saxons en septembre 1460? Pourquoi ne pas les avoir combattus jusqu'au dernier? 4/ Le combat, pour vous, était-il ressenti comme un devoir ou un plaisir? 5/ L'absence totale d'hésitation dans vos décisions fut une grande alliée lors de vos campagnes; pourriez-vous me parler du chef d'armée que vous étiez? Je Vous remercie paroxystiquement d'avance. Veuillez recevoir, mon seigneur Dracula, mes salutations distinguées puis respectueuses. Drecci Cher Drecci, La plupart des courriers que je reçois sont le fait d’adolescents souffreteux et imbéciles. Quand, d’aventure, il m’arrive de lire un courrier aussi documenté que le vôtre, je suis donc, pardonnez le paradoxe de l’expression, «aux anges»! Mais laissons-là mon sentiment personnel et répondons à vos questions. Tout d’abord, en ce qui concerne ma mère : elle s’appelait Cneja, mais j’ai peu de souvenirs d’elle. Mon frère et moi avons très tôt, vous le savez, été enlevés à notre famille et élevés par les Ottomans; par ailleurs, à mon époque, les femmes nobles ne se chargeaient guère d’élever leur progéniture! Quant à ma bien-aimée (je suppose que vous ne parlez pas d’Ilona, de Jusztina ou de Cnaejna pour lesquelles je n’éprouvais guère de sentiments), je vous remercie de vouloir lui rendre hommage mais je préfère m’abstenir d’évoquer son souvenir. Concernant l’année 1960, maintenant: il n’y a aucune contradiction entre l’attaque contre Brasov et l’armistice avec les Saxons. Cette attaque avait pour but d’amener mes ennemis à négocier; devant la violence des représailles, ils ont revu leurs exigences à la baisse et nous sommes parvenus à un accord, voilà tout. Je n’avais pas besoin de les exterminer, au contraire: cela aurait nuit à mes intérêts. Eh oui, j’ai toujours aimé le combat. Quand je suis arrivé au pouvoir, je n’étais qu’un pion chargé de servir les intérêts des Ottomans et d’une aristocratie ivre de pouvoir. Ma marge de manœuvre était limitée, mes forces moindres que celles de mes ennemis. Vous dites que j’ai utilisé la stratégie de la surprise quand vous évoquez l’épisode où j’ai attaqué Brasov alors que je venais de réserver un accueil chaleureux à cinquante saxons peu de temps avant; ce type de stratagème était nécessaire compte tenu de mon infériorité militaire. D’où la vive et sanglante traversée du Danube en hiver 1462; d’où également le fameux épisode de la «forêt de pals» à Târgoviþte: je souhaitais horrifier les Turcs en utilisant l’interdit musulman de mutilation des corps. Oui, j’ai aimé la guerre car la guerre est un jeu; un jeu formidable qui s’appuie sur des vies et des terres. Que je regrette les ères belliqueuses! Mais je me laisse entraîner par la splendeur de mes souvenirs. J’espère avoir répondu à l’essentiel de vos questions. Sanguinement vôtre, Dracula
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