Comtesse Agnieska von Braun
écrit à

   


Dracula

     
   

La solitude

    Cher Comte Dracula ,

Je me nommerai M.C. pour ces discussions qui seront longues, je l'espère, car vous êtes si seul dans votre grand château.

Je souhaite vous parler de mes souffrances, car je pense que ceci est votre domaine. J'ai également pas mal de questions qui me trottent dans la tête. Par quoi commencer?

Je voudrais commencer par cette phrase qui vous donnera mon espérance: Las de fuir la mort, je veux la devenir. Pour moi, la vie est une souffrance. Souvent mes pensées me tournent vers l'ombre de moi-même. Dans mes envies profondes, je souhaite souvent pactiser avec le diable. Pourquoi souffrir de la vie alors que l'on peut devenir souffrance? Avez-vous réellement fait le baptême du sang? Si vous êtes de la lignée de Vlad Petes mon texte ne vous laissera pas de glace.

Prenez part à mes souffrances, répondez moi!

Merci d'avance cher Comte.


Cher monsieur MC,

J’entamerai ma missive par une précision: je ne suis pas de la lignée de Vlad Tepes –et non «Petes» comme vous dites: je SUIS Vlad Tepes ou plutôt, je l’ai été de mon vivant, il y a fort longtemps. Je fais partie de la dynastie des Basarab, qui a longtemps régné sur la Valachie. J’espère que vous me pardonnerez cette introduction ,mais nous, boyards, sommes particulièrement fiers de nos origines et tenons à ce que celles-ci soient connues et respectées.

Vous parlez de ma solitude, mais celle-ci est toute relative: je vis, en effet, avec trois charmantes créatures et reçois régulièrement de succulents visiteurs. Par ailleurs, j’ai de nombreuses occupations: je chasse, je voyage… et je lis beaucoup. Je possède un nombre important d’ouvrages qui constituent à mes yeux ma plus grande richesse et qui sont, pour moi, de véritables amis.

Vous dites, également, que vous estimez que la souffrance est l’un de mes domaines; j’apporte de la souffrance, certes, mais je ne la ressens pas: je n’éprouve aucun sentiment si ce n’est, parfois, la colère. Mon cœur a cessé de battre il y a plusieurs siècles. Je n’ai pas même le souvenir de ce que la souffrance représente et il m’est donc extrêmement difficile d’y prendre part, comme vous me le demandez. Il serait sans doute plus judicieux pour vous de vous adresser à un être vivant, ne croyez-vous pas?

Votre dévoué, Le comte Dracula


Cher Comte ou cher Prince(??), parce que je ne sais plus votre titre de noblesse!

Il me semble que, dans votre vie terrestre, vous étiez un prince valaque du nom de Vlad III dit L'Empaleur (brr...je préfère encore me faire sucer le sang plutôt qu'empaler!). Donc, si j'ai bien compris, une fois que le pacte avec le Diable a été mis à exécution, vous êtes devenu le Comte Dracula (Diable ou Dragon en roumain et en latin). Eh bien ça tombe très bien parce que je suis Comtesse.

Après cette petite divergence historique, venons-en aux faits. Je vois bien où se situe votre château: dans le coin le plus lugubre que je connaisse -excepté un cimetière abandonné (et j'aime me promener dans les endroits lugubres)- en pleine nature, en plein milieu des forêts, bref, le coin dans lequel on n'a surtout pas envie de se perdre, et en plus si il y a un vampire dans le coin, ça vous ôte toute envie d'y passer la nuit (eh non, vous ne goûterez pas à mon sang tout en restant dans votre château, désolée)!!

J'ignore si vous avez quelque compagnie en Transylvanie et, pour peu qu'elle existe, si cette compagnie est vivante ou morte. Enfin... je crois surtout que cette compagnie est vivante à l'arrivée, et morte le lendemain, n'est-ce pas?

La solitude ne vous pèse-t-elle pas trop?

Je vous souhaite de rencontrer une jolie vampirette, et de la ramener dans votre château, vous serez moins seul. Mais ce n'est qu'une suggestion!

En vous souhaitant une bonne...nuit (les vampires n'aiment pas la journée, je crois).

Comtesse Agnieska von Braun

P.S.: Connaissez-vous la mode gothique? Non pas l'architecture, mais la mode vestimentaire: du noir, des bracelets à picots, des pendentifs en forme de squelette... ça vous plairait des vêtements dans ce genre là?


Chère Comtesse,

Qu’il est agréable se s’entendre appeler «Prince»! Cela faisait si longtemps… Et comme vous avez l’air renseignée à mon sujet! Il m’arrive si souvent de converser avec des ignares qui croient, à tort, me connaître!

Effectivement, je suis Prince –Prince de Valachie. Si je me fais appeler «Comte», c’est pour ne pas éveiller les soupçons: imaginez que les villageois de Bistritz, à qui il arrive de voyager, se mettent à révéler l’existence d’un certain «Prince Dracula»; ne croyez-vous pas qu’un tel titre éveille l’envie de se renseigner plus avant sur l’identité de la personne qui le porte? Celui de comte est plus discret et me permet, malgré tout, de sauvegarder mon honneur; je suis un Boyard, après tout, et j’en suis particulièrement fier! Vous-même, Comtesse, devez sans doute éprouver ce délicieux plaisir de faire partie d’une classe sociale rare et supérieure!

Il est aimable à vous de vous soucier de ma vie sociale. Celle-ci se porte bien puisque trois «vampirettes», comme vous dites, vivent avec moi. Mais à vrai dire, je ne suis pas avide de compagnie et sais apprécier le plaisir de rester seul avec mes pensées. Ceci dit, j’aurais vraiment apprécié que vous soyiez venue me rendre visite, lorsque vous êtes passée près de mon château! J’espère que, la prochaine fois, vous me ferez cet honneur! Un baiser de vampire, cela est douloureux la toute première fois, mais mes proies sont ensuite soumises à mes désirs et se laissent envahir par une singulière volupté qu’il m’aurait été agréable de vous faire connaître. Me promettez-vous de réfléchir à ma proposition?

Quant à la mode gothique, non, je ne la connais pas. J’apprécie le noir, mais ces «bracelets à picots», quelle singularité ! Qu’ai-je besoin d’une telle arme, puisque mes dents acérées peuvent déchirer le cuir des animaux les plus féroces? Mais vous-même, très chère, êtes peut-être adepte de ce genre de vêtements…

Votre dévoué,

Comte Dracula