Camille
écrit à

   


Dracula

     
   

L'amour et le sang

    Seigneur,

J'ai une question -d'ordre médical- à vous poser. Pourriez-vous y répondre avec le sérieux que vous jugerez bon? Bercée depuis ma plus tendre enfance par votre monde de ténèbres, il est arrivé un âge où la raison a dû reprendre le dessus, et même alors, je n'ai guère trouvé de réponse à cette ancienne question, ne trouvant pas de médecin prenant mes interrogations au sérieux.

La voici: il y a un problème avec le sang que vous ingérez, car s'il vous permet de «survivre» pourquoi ne fait il pas battre votre cœur? Car s'il doit passer par tous vos muscles, cerveau, il doit bien être «poussé» vers ces organes, d'où le rôle du cœur. Alors, pourquoi le cœur d'un vampire ne bat-il pas?

Enfin, une question d'ordre culturel: que pensez-vous du nouveau culte vampirique lancé en Amérique?

Longue vie a vous.


Chère Camille,

Je comprends que vous puissiez être perturbée: je défie, en effet, les règles scientifiques par le simple fait que j'existe. Mais je vais tenter de vous expliquer comment fonctionne mon organisme.

Tout d'abord, permettez-moi de mettre en lumière un fait scientifique que vous ne pourrez contester. Ne vous êtes-vous jamais mordu la lèvre, sucé un doigt coupé? Eh bien, ce sang que vous avalez passe dans votre appareil digestif, pas dans vos veines ou vos artères! Il en est de même pour moi. Par ailleurs, je ne me nourris pas pour survivre puisque je suis immortel. Enfin, mon corps contient du sang, mais qui n'est plus utile à ma survie et ne circule plus dans mon corps – comme vous le soulignez, mon cœur ne bat plus. Ainsi, pour toutes ces raisons, vous voyez que mon métabolisme est fort différent du vôtre…

Enfin, je constate qu'à votre époque, de nombreuses personnes sont attirées par le vampirisme. Je n'en pense pas grand-chose, si ce n'est qu'il s'agit certainement de la conséquence d'une dépravation morale généralisée. On part à la recherche du danger quand sa propre vie est trop fade pour nous exciter suffisamment…

Sanguinement vôtre,

Dracula