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Louise, simple et calme
mortelle |
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Entre raison et passion mon cœur balance |
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Lettre au comte Vladislas Dracula
Très cher comte, Comme cela me paraît étrange de vous écrire cette lettre. Cela m'a pris du temps d'oser faire cela; j'ai d'abord pris soin de lire tous les sujets qui vous avez été proposés sur dialogus afin de ne point vous ennuyer en vous parlant de ce qu'on vous a déjà demandé cent fois. Il est intimidant de s'adresser à vous, même à travers une lettre, après tout, vous êtes la créature la plus fascinante et la plus dangereuse dont j'ai entendu parler. D'où le titre de mon message: la raison me pousserait à fuir, la passion à essayer de vous attirer. Ayant conscience de n'être qu'une simple jeune fille, je n'aurai pas l'orgueil de croire que je puisse vous attirer; je me contente donc de vous écrire en espérant une réponse. J'ai quelques questions à vous poser. Si elles vous semblent trop audacieuses, n'y répondez pas et faites-le moi savoir, que je ne retombe pas deux fois sur la même pierre. Tout cela dans le but de ne pas vous déplaire! J'ai en ma possession un objet, un bijou que j'ai reçu (je ne parviens pas à me rappeler de qui). Je le porte nuit et jour même quand je me lave car une voix me souffle qu'il me protège, non pas de vous (qui pourrait y parvenir!), mais de vos semblables. N'ayant aucun moyen de vérifier cette intuition, je vous prie de m'éclairer à ce sujet: est-ce possible qu'un tel objet existe? Je me demandais également si vous possédiez des capacités divinatoires en plus de vos pouvoirs psychiques. Si oui, est-il possible que le monde dans lequel je vis s'effondre pour redevenir plus primaire (par exemple à l'époque victorienne, avec le raffinement de tous!)? J'en ai le pressentiment depuis quelque temps et je me tourne à nouveau vers vous pour m'aider. Je ne me considère pas comme une héroïne supra-naturelle comme certains boulets qui vous ont écrit. Il m'arrive pourtant d'avoir des pressentiments si forts qu'ils me font mal à la tête. Est-ce quelque chose de spécial ou juste le délire d'une adolescente perturbée? Beaucoup plus superficiel comme question: qu'aimez-vous porter comme tissu, comme couleur? Pour finir: comment considérez-vous le don ténébreux (rendre un mortel vampire): comme un cadeau, comme une récompense ou comme autre chose que je ne peux pas comprendre? Très cher, j'espère ne pas vous avoir ennuyé avec mes questions. Je vous souhaite de bonnes chasses et une belle nuit. En voulant votre immortalité belle cruelle et dominante, votre dévouée admiratrice au sang chaud, Louise Chère Louise, Ah, si tous les lecteurs faisaient comme vous, que ce serait plaisant! Oui! Je suis agacé de lire tout le temps les mêmes questions, les mêmes remarques, les «donnez-moi une preuve de votre existence», les «je veux devenir vampire»… Pouah! Comme si j’étais au service de ces pauvres mortels! Votre courrier est fort apaisant et je vais m’empresser de répondre à vos questions. Tout d’abord, en ce qui concerne ce bijou: je ne connais pas d’objet, mis à part le crucifix, qui soit capable de nous repousser. Ceci dit, mes connaissances ne sont pas optimales et il est fort possible que ce bijou possède des propriétés supranaturelles! Pouvez-vous me le décrire? Par ailleurs, je ne possède malheureusement aucun pouvoir de divination. Mais certains de vos semblables m’ont présenté votre monde de manière si négative que je crois, effectivement, que vous vivez une époque qui régresse. Enfin, je m’habille presque exclusivement en noir, ceci pour des raisons de discrétion (il est plus difficile, ainsi, de me distinguer dans les ténèbres) mais il va sans dire qu’en société, je m’adapte aux modes locales, toujours par volonté de me fondre dans la foule. Quant à ce que vous appelez le «don ténébreux», il m’est fort utile dans la mesure où il me permet de soumettre mes victimes; en effet, un vampire doit toujours obéissance à celui qui l’a rendu tel… Sanguinement vôtre, Dracula Cher comte, Je tenais tout d'abord à vous remercier de m'avoir répondu. Quand j'ai vu que parmi les banales lettres que j'avais reçues, il y en avait une de vous, mon cœur ne fut plus qu'allégresse! Au fur et à mesure que je lisais votre courrier, ma joie redoubla. Il m'est très agréable de lire de votre plume que ma lettre vous a apporté un apaisement, et la courtoisie dont vous avez fait preuve en répondant à mes interrogations a été à la hauteur de votre légendaire réputation. Vous me demandez de vous décrire mon bijou, je m'empresse donc de le faire car il me fascine au plus haut point. C'est un petit anneau (je ne puis le passer au doigt que difficilement) en étain. A l'intérieur comme à l'extérieur est inscrite une phrase (la même de chaque côté) dans une langue que je ne peux pas lire mais qui ressemble à de l'arabe. Quand je le porte directement sur ma peau (au doigt ou autour du cou au bout d'une chaîne), il me provoque une réaction allergique. Ne pouvant me résigner à ne pas l'avoir sur moi, je le porte à présent au poignet, toujours avec une chaîne. Je ne m'y connais pas beaucoup en talismans et il est très difficile pour moi de pouvoir accéder à une bibliothèque digne de ce nom. C'est pourquoi, cher Comte, j'ose vous demander s'il serait possible que vous fassiez quelques recherches pour moi! Je vous prie de me remettre clairement à ma place si vous jugez ma requête mal placée. Il me reste encore deux ou trois questions dont l'une est assez délicate. Pour commencer, bien que vous soyez le seigneur des vampires, existe-t-il une sorte de tribunal des vampires où vous jugez les vôtres? Est-il interdit à un vampire (je ne parle pas de vous qui êtes au-dessus de ce genre de loi) de se montrer à un humain sans vouloir le tuer? Pour finir, j'en viens à la question délicate. Cela commence par une petite histoire: il y a maintenant un an, j'ai fait un rêve qui changea ma vision des choses. J'étais avec une amie et nous courions en direction d'un château en ruines car quelque chose nous poursuivait (je ne puis me rappeler ce que c'était). Nous avions réussi à refermer une vieille porte sur nous mais notre poursuivant la faisait trembler. Affolées, nous nous précipitâmes vers une échelle pour nous réfugier en hauteur. J'arrivai la première mais mon amie me repoussa et commença à grimper. Je la suivis et à mi-chemin, quelque chose m'agrippa la jambe. Mon amie ignora mes appels. Je réussis à me libérer de l'étreinte malgré tout. Quand enfin, j'arrivai en haut, un spectacle me glaça le sang. Un homme (plutôt un vampire mais cela ne m'est venu à l'esprit que plus tard) tenait mon amie, vidée de son sang, dans ses bras pâles et me souriait. Moi, je tremblais. Il était beau à se damner, avec ses longs cheveux noirs délicatement retenus par une broche (il me semble), vêtu de noir (un pantalon assez serré, une veste brodée de motifs dorés, des gants en cuir, de grandes bottines). Il était pour moi semblable à un ange sauf que ce n'en était pas un. Il s'approcha, un petit filet de sang aux lèvres. Je tremblais de plus belle. Il ne me toucha pas mais il me sourit et me glissa doucement: "toi, tu serviras à autre chose". Voilà, c'est la fin de mon rêve. J'en sortis très ébranlée car je ne croyais pas au surnaturel, encore moins aux vampires avant cela. Je me demandais, puisque j'ai la chance de pouvoir poser cette question à un vampire (et pas n'importe lequel): est-il possible que ce songe me fût glissé par quelque chose ou quelqu'un qui voulait me faire croire à ce que je voulais ignorer? Voilà, mon comte bien-aimé, je vous prie de ne point vous moquer de moi si vous trouvez ma dernière question stupide et mon rêve grotesque, car il est la seule chose qui me semble intéressante dans ce monde si terne. En souhaitant qu'à cette heure un sang frais et délicat teinte de vermeille vos dents si blanches, je demeure votre dévouée, Louise Très cher comte J'espère, tout d'abord, que vous vous souvenez de moi et de mes interrogations, bien qu'il soit dérisoire de penser que vous ne vous préoccupiez que de moi. Vous avez reçu beaucoup de courrier, Monseigneur, et vous n'y avez pas répondu. Vous, qui avez toujours été prompt à me répondre, n'êtes pas du genre à faire languir de pauvres mortels. J'en déduis que vous devez avoir une tâche importante à accomplir et je vous souhaite toute la chance possible. Mes humbles pensées volent vers votre réussite. À propos de votre dernière réponse de notre correspondance, je voulais vous dire que j'ai enfin réussi à faire déchiffrer la phrase de ma bague. C'était effectivement de l'arabe, mais un peu plus compliqué que celui parlé actuellement. Par chance, j'ai des amis de religion musulmane et leur imam lit ce vieux langage. Littéralement, l'inscription signifie «gouverne ou éloigne selon le porteur le sombre». Je n'ai pas compris cette phrase. Ma curiosité dévorante pour cette bague me pousse à vous redemander de faire quelques recherches avec cette nouvelle indication. J'espère ne pas vous énerver en vous faisant part de cette requête, mais je dispose de très faibles (et médiocres) moyens de recherche sur ce genre de chose. Voilà, cher prince de nuit, j'achève ma missive avec regret car il est fort agréable de vous écrire. Que vos chasses soient existantes, que le sang de vos victimes ravisse vos papilles et que votre gloire soit éternelle. Délicatement vôtre, Louise Chère Louise, Votre intuition est juste: je suis effectivement très pris par mes affaires et n'ai pas toujours le loisir de tenir à jour ma correspondance. Le temps n'est précieux que pour les êtres qui ne sont point dotés du pouvoir d'immortalité… Concernant votre anneau, il est évident que la traduction qui vous a été proposée est mauvaise: ne serait-ce pas, plutôt, «gouverne ou éloigne ce qui est sombre selon le porteur»? Toujours est-il que cet anneau me semble être un de ces objets ignorants de la notion du bien et du mal. Il gouverne déjà votre vie… Faites un examen de conscience objectif: pensez-vous être maître de vos émotions et en chemin vers le Bien ou esclave du Mal? Dans le second cas, cet anneau vous donnera un pouvoir inestimable, qui vous amènera à croire que vous en êtes le maître, alors que vous en serez le serviteur… Soyez objective, donc; et je sais combien cette entreprise est difficile! Sanguinement vôtre, Dracula |
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