À Dieu va!
       

       
         
         

Mathieu

      Dieu,

Si tu rends vie à mon père de chair, alors je te rendrais la mienne, sinon je l'abandonnerais au Néant.

Matthieu

 

       
         

Dieu

      Ton père vit encore. Il est en toi. Si tu t'abandonnes au néant vous ne serez plus, ni toi ni lui.

dieu
         
         

Mathieu

      Je sais. C'est d'ailleurs la seule chose que je sache vraiment. Je suis à la fois sa mémoire et son espoir... Ce n'est pas seulement un sacerdoce, c'est toute une vie à accomplir et à enrichir pour engendrer du «bon vivant»... «À chacun son tour, à chacun sa chance»... de prouver qu'il peut faire plus, être plus et aller toujours plus loin... Et, au «Nom du Père», j'imagine. Sacré slogan, non?

Enfin, il finit par être un peu lassant dans sa continuité... D'ailleurs, dans notre histoire humaine, «monsieur plus» disparaît lui aussi... Non? Quand notre Berceau ne se remplira plus d'hommes et de femmes, que restera-t-il? Toi, assurément. Garderas-tu le «souvenir» de chacun d'entre nous?

J'aimerais bien faire partie de l'Immortel, moi aussi... Oui, je sais ce que tu penses... mais je ne suis pas tant un ingrat, qu'un monsieur qui en veut toujours plus :)

«Au Nom du Père»... je me suis souvent demandé comment tu pouvais être notre père à tous. La transmission de la vie humaine ne court-elle pas le long d'une linéarité sans faille - voire d'une linéarité transcendantale? Alors, comment se peut-il que toi, l'Être rayonnant dans tout sens, toute direction, toute dimension, puisse être l'origine de cette simple et si longitudinale petite chaîne humaine???

Peut-être me diras-tu que tu es La chaîne? que chaque maillon de cette chaîne est une partie de toi, que l'essence même du «métal» dans lequel cette chaîne a été forgée se confond avec ton esprit, ta volonté, car tu es l'Initiateur de l'Univers et, de toutes ses particules, dont tu sembles ne pas avoir de cesse de les marier à l'infini...

Je suppose que l'allégorie de toute création se revêt de ta paternité, au bout du compte... Me trompé-je?

En tout cas, si tu es le père de l'Univers, c'est que tu pré-existais au «Big Boum»... or, avant le «big badaboum», c'était le Néant.

Le néant. Tu vois, on y revient finalement.

Hypothèse: si je m'abandonne au néant, logiquement, je retourne aux origines de la Création, jusqu'à l'instant précis et à l'endroit exact où t'es venue cette étrange idée d'«Univers»...

Là, j'arrête ma traversée: en plein coeur de ta puissance infinie, je me libère enfin, et au sein de ta lumière omniprésente, te rejoins... mon père.

De cette libération, émergea un cercle d'amour duquel le père et le fils ne sortirent plus, plus jamais.

Matthieu
         
         

Dieu

      Cet immense pouvoir de créer dont tu parles avec éloquence et lucidité n'est pas le mien mais le tien. Choisir le néant c'est sublimer ce pouvoir dans son contraire, c'est chercher la liberté là où tu ne pourras pas la vivre.

Cesse de prononcer «Au nom du Père». Cet impératif n'est pas le mien mais celui d'une religion. Il visait à faire comprendre aux autres ce que tu as déjà compris.

Oublie les allégories. Elles sont le propre des maillons faibles, ceux qui se plaisent à se croire enchaînés à la vie.

Fais «au nom de toi». Tu ne seras pas dieu mais tu sera mieux.

dieu