La lourdeur du discours
       

       
         
         

Madz

      Cher Descartes,

Ce que je vais vous dire va peut-être vous sembler insultant. Sachez tout de suite que ce n'est en aucun cas mon intention, mais votre opinion sur le sujet pourrait être intéressante.

Au collège, à mes 17 ans, dans mon premier cours de philo, on nous avait imposé votre essai sur le Discours de la Méthode. Essai assez arride, particulierement pour une introduction à la matière. Ne trouvez-vous pas? Le résultat fut que j'ai lu le livre sans vrai intérêt et développé une haine pour la philo classique. Une haine que j'ai pris deux ans à calmer. Que pensez-vous du choix de matière d'introduction?

Sincèrement,

Madz

 

       
         

René Descartes

      Si vous me le permettez, je vais tenter de vous répondre par l'expérimentation.

Tout d'abord, votre expression "essai assez aride" (d'ailleurs mal orthographiée dans votre lettre); l'aridité d'un environnement se caractérise par une absence d'eau, élément indispensable à la vie. Si nous tentons d'interpréter votre métaphore, la vie serait sous votre plume le produit de la réflexion, inhérent à toute oeuvre philosophique. L'aridité de mon Discours voudrait donc signifier sa pauvreté en idées et concepts. Or, si j'ai bien compris ce que vous me reprochez, ce n'est pas la fond, mais la forme de mes propos que vous jugez...

Ensuite viens votre phrase "introduction à la matière": je suppose que "matière" désigne ma philosophie; or l'utilisation de ce mot nous incite à considérer ma philosophie comme un domaine délimité. La lecture seule du titre vous permet de comprendre que ce n'est point une nouvelle science que je cherche à introduire, mais bien une méthode, appliquable aussi bien dans le domaine scientifique que dans la vie quotidienne...

Enfin, dernier point, votre obscure expression "choix de matière d'introduction". Et je dois avouer ici que je ne saisis pas la signification de vos propos. Peut-être pourriez-vous m'éclairer?

Tout ce long préambule pour vous faire comprendre la nécessité de l'utilisation d'un lexique précis et d'une syntaxe complète: la publication de mon Discours de la Méthode avait pour raison principale le désir de faire connaître ma philosophie. Il aurait été illusoire de penser possible une compréhension totale et sans faille avec l'utilisation de phrases tronquées, et la disparition de certains mots sacrifiés au profit d'une lecture plus agréable.

Je comprends vos doléances, mais j'espère que vous aurez compris mes explications.

René Descartes