Le divorce de tes parents
       

       
         
         

Cécile

      Cécile Bellocq
Nantes

Salut Kurt!

Je voulais te dire que je t'adore toi et ton groupe! Elle est trop cool ta musique!

Au fait je me présente: je m'appelle Cécile, j'ai 13 ans et je dois écrire une lettre à une célébrité (et tu étais dans la liste) pour lui prouver mon admiration pendant mon cours de français.

J'aime beaucoup la phrase que tu as dite sur l'amitié: «Un vrai ami, c'est celui qui sait tout de toi et qui continue à t'être ami». C'est très profond... Je t'admire pour tes paroles et pour tes chansons. Tu chantes super bien!!

J'aurais aimé savoir si tu as bien supporté le divorce de tes parents (désolé de t'en parler). Et est-ce que tu t'entends bien avec les autres membres du groupe?

Voilà j'espère que tu me répondras bientôt! @+ Kurt et bises à ton groupe!

Cécile

PS: Ne fais pas de bêtises!!
         
         

Kurt Cobain

      Cécile,

Quand j'avais huit ans, mes parents ont divorcé. Je ne comprenais pas pourquoi du jour au lendemain ils pouvaient s'aimer, puis se séparer. J'étais en quelque sorte honteux, je crois. Mon père, c'est vrai, n'était plus très souvent à la maison. Il était toujours au baseball ou au basketball, en tant que coach ou arbitre, mais était-ce une raison valable pour éclater notre famille?

Je crois qu'à partir de ce jour, le petit garçon plein d'énergie et de joie que j'étais, est devenu maussade et triste. Je me souviens d'ailleurs avoir écrit en grand sur le mur de ma chambre: «je déteste maman, je déteste papa, papa déteste maman, maman déteste papa, ça te rend tout simplement triste».

J'ai pris de la distance par rapport aux autres gamins. Je pensais que je ne méritais pas de trainer avec d'autres gosses, parce qu'ils avaient des parents. Et je n'en avais plus. Je ne me sentais plus vraiment le même, comme si tout à coup, je n'étais plus très précieux. Comme si je ne valais plus grand chose. J'étais simplement emmerdé de ne pas être capable de régler les problèmes de mes parents.

Je n'avais rien de particulier en commun avec mon père, Grosse Moustache. Il m'incitait à faire du sport, et je n'aimais pas le sport, et je me sentais artiste, et il n'appréciait pas ce genre de chose. Alors je me sentais juste toujours honteux. Je pensais parfois avoir été adopté!

Sinon, j'ai habité pendant un an avec ma mère, après le divorce. Je ne supportais pas son nouveau copain, c'était un abominablement désagréable «batteur de femme». En fait, c'était un schizophrène paranoïaque, et comme je suis devenu vraiment colérique, ma mère a choisi de m'envoyer chez mon père au Montesana. Au début, cela s'est vraiment bien passé. Nous faisions pas mal de choses ensemble, comme aller à la plage, ou aller camper. Mais quand mon père s'est remarié, en février 1978, et que sa nouvelle femme et ses deux enfants sont venus s'installer chez nous, tout est devenu subitement bien différent. Je ne m'entendais pas vraiment avec cette femme, et encore aujourd'hui, je ne pense pas beaucoup de bien de cette «imposteuse».

J'ai alors commencé à sécher l'école, et je refusais de faire les taches ménagères, ou de ranger ma chambre. Mon père était le parfait macho, prêt à payer pour que son fils soit à l'image d'un «vrai» homme, sportif et dur. Il m'avait inscrit à l'équipe junior de lutte, et je détestais ça. J'étais encore assez doué, parce que je pouvais extérioriser toute la colère que j'avais en moi sur le tapis. Mais un jour de grand championnat, j'ai décidé de tenir tête à mon père. J'étais sur le genou, au sol, j'ai regardé mon père et j'ai souri en attendant que le sifflet retentisse. Puis j'ai joint mes mains l'une à l'autre, et me suis laissé vaincre par mon adversaire 4 fois d'affilée. Je me suis retrouvé chez mon oncle et ma tante pendant un moment à cause de cela.

Kurt.