Flopée de questions...
       

       
         
         

Catherine Pogonat

      Bonjour Kurt,

Voici quelques questions auxquelles j'espère tu répondras!

• Qu'est-ce qui te donnait envie de te lever le matin?
• Quel était ton «dada»?
• Quelle est la partie de ton corps qui te représentait le mieux?
• Quelle a été ta première blessure?
• Pourquoi l'amour est-il sans pitié?
• Un lieu qui te faisait péter les plombs
• Un mot que tu adorais. Un mot que tu haïssais.
• Si tu pouvais être dans un train n'importe où dans le monde. Où serais-tu?
• Quelle partie de ta personnalité aurait bien vieilli? Quelle est celle qui aurait mal vieilli?
• Si la mort te téléphonait avant de venir, que lui dirais-tu?

Merci beaucoup Kurt, j'attends tes réponses...

Catherine
         
         

Kurt Cobain

      Catherine,

Que signifie ton utilisation du passé pour chacune de tes questions? J'imagine que tu m'écris d'une époque future. J'espère satisfaire ta curiosité autant que tu le souhaites.

La plupart du temps, les contraintes suffisent à convaincre les gens de quitter la position confortable de leur lit. Mais lorsque ces contraintes n'existent pas, l'ennui ou le l'absence d'activité finit toujours par rendre la situation inconfortable, quand ce n'est les maux de tête après une grosse cuite. Bien sûr tu n'attends pas ce genre de réponse. Lorsque j'étais enfant, j'étais hyperactif, je me retrouvais debout avant que mes paupières ne soient complètement ouvertes. C'était alors une grande joie, de découvrir chaque journée qui me rendait si pressé de la vivre.

Je te mentirais, si je n'admettais pas que pendant longtemps la joie de faire de la musique m'a fait vivre de longues journées d'excitation. Mais cette envie m'a quitté depuis longtemps déjà, et il a fallu attendre ma petite lumière de Frances pour vouloir goûter chaque matin à ses magnifiques petites grimaces.

Mon dada durant mon enfance était d'afficher mon doigt d'honneur... sinon j'ai toujours été passionné par les Arts, en général. J'aime aussi me faire passer pour ce que je ne suis pas lorsque ce comportement permet de démontrer l'intolérance de certaines personnes. Je pense par exemple m'être fait passer de nombreuses fois pour un homosexuel. Sinon, bien évidemment, il y a la musique, je ne peux pas nier qu'elle fait partie de ma vie, que je le veuille ou non.

La partie de mon corps qui me représente le mieux est certainement le majeur de chacun de mes doigts. C'est la partie de mon corps que je dédie à tous les intolérants de ce monde, aux salauds qui ont baisé ma mère, aux putains de journalistes qui ont essayé de m'enlever ma fille, aux corporations. J'hésite également avec mon cul.

Ma première blessure fut certainement celle de ne pas être né fils de mon père. J'étais pour lui prédestiné à devenir une vraie brute, roi au football ou autres sports virils. Sûrement pas à jouer de la musique, ce n'est pas pour les garçons.

Hormis cet état de chose, je crois que la première douleur qui m'a affectée fut le divorce de mes parents. Ce n'est jamais facile à vivre pour un gosse, et je crois que depuis ce jour, je suis devenu honteux, terriblement honteux de ne pas être comme tous les autres enfants.

L'amour sans pitié... l'amour de l'homme viril, non? L'amour chez les femmes n'est pas sans pitié.

Devoir supporter les gosses de la copine de mon père, ce fut réellement un moment de pétage de plomb. Sinon, un hôpital de désintoxication, c'est sans doute l'endroit dans lequel je souhaite le moins retourner. L'enfer ressemble très certainement à cela, et il est très dur d'y rester sain d'esprit. Les drogues sont nulles principalement pour les cures de désintoxication.

Un mot que j'adore: «fuck you!», c'est exprimer sa colère par des mots et la laisser partir. C'est la façon la plus pacifique de supporter les insupportables. Le mot que je n'aime pas c'est: «politiquement correct». Les gens qui se justifient par ce mot ne doivent pas être très «humainement correct».

Si j'étais dans un train, ce serait un train qui tourne en rond, très certainement. Je pourrais être sur le toit, sur les rails...

Je crois que j'aimerai les gens jusqu'au bout. Par contre, j'ai extrêmement peur de dépérir, ma volonté risque de me quitter.

Si la mort me téléphonait, je lui demanderais s'il vaut mieux disparaître d'un coup que mourir à petit feu. Ou peut-être que je lui dirais d'aller se faire foutre. De laisser ma fille, ma femme et mes proches tranquilles.

Sincèrement,

Kurt Cobain.
Attention à ce que vous allez écrire sur moi!