Retour en page d'accueil de Dialogus

Juliette C.
écrit à
Princesse de Clèves
La Princesse de Clèves


Votre vie et vos amours


   

Bonjour Princesse de Clèves,

Dans la question «Comment se construit votre personnage-enfant dans l'univers romanesque?», pourquoi répondez-vous par des questions et pas par la réponse attendue?

Normalement, une princesse vit dans un château mais pas vous, pourquoi? Et pourquoi avant vous viviez dans une maison avec votre mari et plus tard dans un château? Que s'est-il passé pour que vous alliez y vivre?
   
Dans une lettre, vous dites vous être mariée par obligation et, dans une autre lettre, vous dites que vous avez rencontré votre mari chez un Italien qui vendait des pierres fines. Pourquoi dire les deux? Comment s'est passé votre mariage? Vous êtes-vous rencontrés ou avez-vous été mariés par obligation? Vous dites ne pas avoir eu de coup de foudre, et ne pas le trouver très beau, mais très gentil, compréhensible. Vous dites ne l'avoir jamais aimé et que c'était juste de l'amitié, mais je ne comprends pas comment ça peut être juste de l'amitié si vous l'aviez rencontré chez un Italien. Si vous avez été mariés par obligation, je comprends que ce ne soit que de l'amitié que vous avez eue envers lui .

Je suis une élève de 4eB et je vous écris pour un devoir de français.

Toutes mes salutations,

Juliette C.


Bonjour Juliette,

Votre courrier me laisse un peu pensive, et j'avoue ne comprendre goutte à votre première phrase. Si je peux tenter une réponse, je vous dirai que l'art épistolaire repose sur les questions. Écrire une lettre pour parler de soi est une chose, mais poser des questions ouvre le dialogue. Je vis seule et recluse, et mon unique distraction réside dans ces échanges que j'ai avec l'extérieur.

Vous semblez vouloir que je vous parle de mon mariage, que vous comprenez mal. C'est, jeune Juliette, que vous ne connaissez pas grand-chose encore à la vie. Dans le monde où vous êtes, on est enfant longtemps, tandis que dans le mien, on est femme avant qu'il ne soit tard. J'ai rencontré feu mon époux lorsque j'avais quinze ans, dans ce que vous appelleriez une bijouterie. Il a été séduit par moi et m'a aimée éperdument, alors que je n'éprouvais pour lui qu'une sincère et profonde amitié. Il m'a fait sa cour galamment, tendrement, élégamment. Bien qu'à l'époque je n'eusse que quinze ans, j'avais déjà reçu plusieurs propositions de mariage, et ma mère les avait toutes refusées, les trouvant indignes de moi. Déjà l'heure approchait où je n'aurais plus de prétendants, et chacun sait que dans mon monde une femme n'a que le choix du mariage ou du couvent. J'ai donc épousé l'homme qui me paraissait le mieux fait et le plus digne d'estime.

C'est un peu plus tard, au cours d'un bal dont il était absent, que j'ai découvert l'amour véritable. J'ai été transpercée par la passion d'un simple regard, celui de Monsieur de N.. Mais j'estimais mon époux au-delà de tout, et je n'ai pas cédé au torrent impétueux qui me poussait vers lui. J'ai même, pour preuve de ma haute considération, mis mon sort transparent entre les mains de mon mari, que le chagrin a tué, chose dont je porte encore le poids aujourd'hui. Si je vis dans une demeure isolée loin de Paris et de mon ancienne vie, c'est donc pour oublier que j'ai été faible et que je suis cause du grand malheur qui a brisé ma vie.

Jeune Juliette, mes réponses vous ont-elles satisfaite? J'ignore ce qu'est un «devoir de français», mais j'imagine que c'est une activité bien enrichissante pour que vous éprouviez le besoin de m'en parler.

À bientôt peut-être.

************************Fin de page************************