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Oriane
écrit à
Princesse de Clèves
La Princesse de Clèves


Votre histoire ?


   

Chère princesse de Clèves,

Si je vous fais parvenir cette lettre, c'est que je souhaiterais mieux vous connaître; j'ai lu plusieurs passages, plusieurs lettres qui parlaient de vous, de votre mère ou de vos amies, mais en aucun cas de votre père. Je me demande même si vous le connaissiez. Pourquoi ne parlez-vous jamais de cet homme qui normalement compte tant? Est-il mort? Je me pose tant de questions sur ce mystérieux inconnu.
   
Je sais aussi que vous vous êtes mariée à seize ans, mais que vous ne souhaitiez plus rester à la cour avec votre mari. Cet endroit ne vous plaisait pas, j'ai lu que vous n'étiez pas la quatrième femme de Henry VIII le roi d'Angleterre. Cela me trouble, combien de fois vous êtes-vous mariée? À notre époque une jeune femme ou un jeune homme ne se marie pas autant de fois que vous.

Madame de la Fayette est-elle une amie intime pour vous? Quel âge a-t-elle et comment l'avez vous rencontrée? Vit-elle loin de la cour de Chartres où vous logez? Appartenez-vous à la maison de Chartres depuis votre enfance?

Cordialement,

Oriane


Bonjour Oriane,

C'est un joli prénom que vous portez, un prénom de princesse. Une de mes amies chères se nommait ainsi. Mais c'était dans une autre vie.

Il est étonnant que vous connaissiez si bien ma vie, et en même temps que tant d'ombres subsistent. Je vais alors essayer de vous éclairer. Je ne parle jamais de mon père, car je ne l'ai pas connu. Il semblerait que là où vous vivez les pères comptent beaucoup, mais dans mon monde c'est très différent. Nous ne vivons guère plus de quarante à cinquante ans, et les enfants ne sont pas là pour être aimés mais pour prolonger la famille. Du peu que je me souvienne mon père était distant. Il était rarement près de ma mère, mais souvent en batailles et intrigues politiques. C'est ma mère qui a bercé mon enfance, et c'est à elle que je dois tout. Elle a fait de moi la femme que je suis, et ses appuis à la Cour, la maison de Chartres à laquelle j'appartiens à travers elle, m'ont aidée. C'est à elle que je dois la probité qui fait ma fierté et mon fardeau.

Je me suis mariée à seize ans, comme vous le savez. Mais j'ai succombé à la passion aveugle, et par respect pour mon mari je lui ai avoué mes feux coupables avant que d'y céder. Mon époux, mon tendre époux, a été anéanti par cette nouvelle et le chagrin l'a terrassé. J'ai alors décidé de quitter Paris et ses fastes pour vivre dans la solitude et le recueillement, loin du monde. Je n'ai épousé personne depuis. J'ignore à ce propos qui est ce Henry VIII que vous mentionnez. Mais il n'est pas anormal pour une femme d'avoir plusieurs maris au cours de sa vie: il faut bien vivre, et dans mon monde nous n'avons d'autre choix qu'être mariées. Les femmes seules sont des fardeaux pour la société qui les vilipende; alors elles choisissent le secret d'un couvent ou de la solitude pour pleurer.

Madame de La Fayette est une de mes bonnes amies. Elle m'écrit souvent et vient me voir parfois. Mais elle est très secrète. La connaissez-vous?

Je souhaite de tout cœur que ces quelques lignes vous permettent de mieux me connaître.

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