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 Lucylle
écrit à
Princesse de Clèves
La Princesse de Clèves


Une journée de Princesse


   

Bonjour chère princesse,

Je me présente, je suis une collégienne, j'ai treize ans et demi et je vis encore avec mes parents. En raison d'une séquence épistolaire, notre classe de quatrième du collège Marcel Proust doit écrire des lettres à une personnalité. Après vous avoir raconté ces quelques petites choses sur moi, j'aimerais savoir votre histoire. Je voudrais vous poser quelques questions pour en savoir un peu plus si cela ne vous dérange pas.
   
Dans quelques lettres, vous parlez d'une de vos amies sans nous dire de qui il s'agit. Pouvez-vous me le dire à moi? Avez-vous rencontré votre «prince charmant»? Êtes-vous mariée? Avez-vous des enfants?

J'aimerais aussi savoir un peu votre histoire de princesse. Depuis combien de temps êtes-vous princesse? Vivez-vous dans un château? Quelles activités occupent vos journées? En lisant quelques lettres que vous avez encore reçues, vous parlez de votre mère mais jamais de votre père, pourquoi? J'ai une dernière question à vous poser: avez-vous des frères et sœurs? Et vivez-vous toujours avec votre mère?

Merci d'avoir lu cette lettre. Merci et au revoir, princesse de Clèves.

Cordialement,

Lucylle



Ma bien chère Lucylle,

Votre lettre reçue ce jour m'a beaucoup émue. J'ignorais en effet que les lettres que j'avais écrites à quelques amis eussent été lues par d'autres. Et je suis extraordinairement étonnée que ma vie suscite l'attention et la sympathie des jeunes personnes de votre espèce. Je vais m'efforcer de répondre à vos questions, qui me replongent dans des souvenirs dont la douceur n'a d'égale que la mélancolie.

Je ne suis pas née princesse, mais je le suis devenue après avoir épousé le prince de Clèves, feu mon époux. Nous avons été heureux tous deux, et aurions pu le demeurer encore, si ma trop grande honnêteté ne m'avait perdue. En effet, il me faut avouer que j'ai brûlé d'une passion coupable quoique jamais criminelle pour un autre homme. J'avais une grande estime pour mon mari, alors je lui en ai donné la plus grande assurance qu'on eût jamais vue: je lui ai avoué que je me consumais pour un autre et ai mis mon sort et ma renommée entre ses mains. Je ne l'ai jamais déshonoré, jamais; mais mon époux est mort de désespoir et de jalousie de cet aveu.

Depuis, le monde ne m'intéresse plus. Je vis seule et sans descendance dans une demeure qui m'appartenait. Mon père est mort quand j'étais toute enfant et ma mère n'est plus de ce monde, donc que me reste-t-il d'autre que mes souvenirs auxquels me rattacher? Mes jours coulent ainsi, dans la contemplation du temps qui passe et le bercement du passé révolu. Vous le voyez, jeune Lucylle, être princesse n'est pas un sort enviable.

Pensez un peu à moi quand vous vous amuserez, et votre joie m'arrivera.

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