marlila
écrit à

La Princesse de Clèves
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Chère Comtesse,
Bien que j'admire votre pudeur et votre retenue, n'auriez-vous pas plutôt choisi de finir avec l'admirable duc de N.? La pudeur est une chose, le bonheur une autre. L'amour réciproque aussi violent est si rare, n'auriez-vous pas tout simplement pu lui donner une chance? Bien à vous, avec respect, Marlila Bien chère Marlila, Comme les choses ont changé! Le monde est décidément bien inconstant, pour préférer un bonheur fugace à l'engagement d'une vie. Si j'eusse, comme vous le dites «fini avec l'admirable duc de N.», que se fusse-il produit presque inévitablement? Un commerce quotidien eût fini par émousser l'amour -sinon le mien, du moins à coup sûr le sien, l'homme étant par nature versatile- et, tôt ou tard, ses feux se fussent tournés vers un autre objet. Et je serais alors restée seule, pleurant les reflets mourants d'une passion défunte, et cherchant à raviver une étincelle brillant pour une autre. À la douleur de la trahison se serait alors ajoutée celle du regret, et j'aurais passé ma vie à évoquer les heures enfuies du bonheur disparu. Non! Ma vie est unie et sereine; j'agrémente mes journées du souvenir d'avant, et m'entretiens avec les ombres de mes chers disparus. Mieux vaut ce que vous appelez la pudeur qu'une histoire d'amour flétrie. Bien à vous, chère Marlila |