Sylvie
écrit à

La Princesse de Clèves
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Madame de Clèves,
En préambule, permettez-moi de citer Blaise PASCAL: «le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point». À chaque fois que je pense à vous, chère Madame, cette citation me vient à l'esprit: vous avez montré à toutes les femmes qu’elles peuvent écouter leur raison et non leur cœur -même si lorsque l’on vous lit, ce choix semble cruel. On a en effet l'impression d'entendre votre cœur pleurer, supplier… c'est un déchirement pour l'âme! Si vous me le permettez, pourquoi vous sentez-vous si coupable? Si je ne m'abuse, vous n'avez point commis l'irréparable. Vous êtes restée fidèle à votre époux, malgré votre honnêteté –lui avouer votre préférence- alors pourquoi cette culpabilité? Vous ne l'avez point tué! Certes, il est mort de chagrin, je vous le concède, mais ne pensez-vous point que ce pourrait être sa propre fierté la cause de sa mort? Comprenez-moi bien, je n'oserais point médire de feu votre époux mais, si nous réfléchissons, vous lui avez apporté beaucoup: votre candeur, votre jeunesse, votre beauté, votre franchise et votre loyauté… Ne sont-ce point là des présents inestimables? Puis-je vous poser une question franche et directe? Je ne cherche en aucun cas à vous choquer mais, n'avez-vous jamais regretté d'avoir épousé feu votre époux? N’auriez-vous point préféré vous marier avec l'homme que vous aimiez? Si feu votre époux avait été tué à la chasse, s’il était mort de maladie… vous seriez-vous autorisée à vous marier avec l'homme que vous aimiez? Avez-vous de ses nouvelles, ou vous êtes-vous éloignée sciemment du monde et de ses turpitudes? J'aurais une requête; il est dit que vous avez été présentée à la cour d'Henri II et que celle-ci se trouvait au Louvre: pouvez-vous me le décrire? Y avait-il de riches tentures murales? Des boiseries précieuses? Les festins y étaient-ils bons et copieux? Je vous demande tout cela car à mon époque le Louvre est devenu un musée, grandiose, sublime mais seulement un musée! Avant de vous quitter, j'aimerais vous dire qu'à mes yeux, vous n'avez à rougir ni à vous blâmer de vos actes: désirer et aimer un autre homme sans commettre l'irréparable n'est pas faillir ou trahir. Que votre retraite vous apporte la quiétude et la sérénité. Cordialement, Sylvie Bien chère Sylvie, |