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 Monsieur Gruffaz
écrit à
Princesse de Clèves
La Princesse de Clèves


A la Princesse de Clèves, l'histoire de Mme de Valentinois


   

Bonjour chère Princesse de Clèves,

La question est de savoir ce que votre mère bien aimée aurait pu vous dire au sujet de Madame de Valentinois et de son histoire. J'ai ouï dire que cette femme, Diane de Poitiers, fait partie de la cour où la rumeur mondaine, l'intrigue, est un moteur de l'action, et qu'elle serait détestée de Catherine de Médicis, qui elle même haïrait le Vidame de Chartres...

Merci d'avance pour votre réponse qui ne saurait probablement pas se faire attendre.

Monsieur Gruffaz


Bien cher Monsieur Gruffaz,

Les mots sont impuissants à exprimer la confusion dans laquelle je me trouve, découvrant seulement ce jour votre lettre. Mais comprenez que, là où je suis, la poste n'est que d'une exactitude relative. Je vous conjure donc de bien vouloir m'accorder votre pardon, votre bienveillance à tout le moins, pour cette réponse tardive en laquelle vous sembliez placer tant d'espoir.

Vous voulez savoir ce que ma mère m'a dit de la duchesse de Valentinois. Au risque de vous décevoir, je vous apprendrai qu'elle m'en a tu plus qu'elle ne m'en a dit. Ma mère était d'une extrême retenue, et les peintures de l'amour dont elle a édifié mon enfance n'étaient appuyées sur des exemples que si elle avait l'assurance que rien de ce qu'elle disait ne pût nuire, ni à elle ni à quiconque. Comprenez donc bien qu'elle se garda toujours de faire plus qu'effleurer cette histoire. Tout ce que je vous puis dire, c'est que Catherine aimait à régner et semblait se satisfaire de la douceur du pouvoir. Que le cœur de son époux fût à une autre, tant que le royaume restait dans sa main... Mais je ne saurais affirmer que jamais le ferment de la jalousie ne bouillonna dans son cœur, et qu'en secret elle ne souffrit les tourments de l'amour offensé. Ce sont toutes choses que Catherine a emportées avec elle et que je serais bien en peine de présenter comme avérées.

Vous me voyez toute confuse de n'avoir pas su vous éclairer à la hauteur de vos attentes; je souhaite toutefois ne vous avoir ni déçu, ni leurré.

Du fond du cœur,

Mademoiselle de Chartres, Princesse de Clèves

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