Sprout Schon
écrit à

   


Cioran

     
   

Merci M. Cioran

    M. Cioran,

Regarder votre parcours avec un peu de recul me procure le plus grand bien. Ayant tendance à être quelque peu trop passionné j'ai pu me rendre compte où le fait d'être tout le temps en quête d'absolu pouvait mener. On passe son temps à basculer entre l'utopisme (même fasciste) débordant d'énergie et le nihilisme le plus immobiliste. Du fond du cœur merci.

Amicalement,

Sprout.


Cher S.,

Toute croyance rend insolent. Toute croyance en des absolus rend insolent parce qu'on croit alors détenir la vérité. Beau mirage! Nouvellement acquise, une croyance avive les mauvais instincts; ceux qui ne la partagent pas font figure de vaincus et d'incapables, ne méritant que pitié et mépris. Observez les néophytes en politique et surtout en religion, tous ceux qui ont réussi à intéresser Dieu à leurs combines, les convertis, les nouveaux riches de l'Absolu. Confrontez leur impertinence à la modestie et aux bonnes manières de ceux qui sont en train de perdre leur foi et leurs convictions. Entre l'utopisme et le nihilisme, il y a tout un territoire de nuances, de bonheur relatif, d'après-midi à bicyclette, d'essais et d'erreurs, de vie et de mort. L'expérience humaine est dense et mouvante. L'absolu l'assèche.

Bien à vous,

C.