Alexandre
écrit à

   


Cioran

     
   

Léo Ferré

    Cher Cioran,

Que je suis content de vous avoir; ne disparaissez pas de suite. J'ai terminé de lire votre «De l'inconvénient d'être né». J'en garde une vive expérience: toutes mes décrépitudes inexprimées sont ainsi ramenées en vos aphorismes ciselés dans une langue qui fait... Couic! Ma mélancolie s'est amusée à vous lire, monsieur Cioran. J'ai des fois ri de bon cœur; vous avez un humour proche de celui de Beckett, je trouve. De ce fait, via ce livre, j'ai cultivé ma «joie triste d'être». Cette formulation dernière est tirée de «Lorsque tu me liras» de Léo Ferré. Vous l'avez considéré comme l'artiste au sens noble du terme: inconfortable, révolté, provocateur, rêveur et empli de poésie. Puis-je me permettre de vous comparer à Ferré? Quand j'écoute ses disques, les derniers, et ceux à partir de «Amour-Anarchie» (1971), puis-je être assuré que vous le qualifiez de lucide et désespéré comme vous? Que pensez-vous de l'amour, monsieur Cioran, l'amour ferréen?

Je vous laisse le temps de répondre à mes questions qui ne sont, en fait, qu'une flopée de curiosités anecdotiques.

Cordialement,

Alexandre.